The horizons ring me like faggots,
Tilted and disparate, and always unstable.
Touched by a match, they might warm me,
And their fine lines singe
The air to orange
Before the distances they pin evaporate,
Weighting the pale sky with a solider colour.
But they only dissolve and dissolve
Like a series of promises, as I step foward.
< Wuthering Heights

Je ne me souviens plus de la première fois. Son nom, j’imagine, a dû m’être communiqué par un intermédiaire digne de confiance.
Mes plus grandes passions littéraires sont ainsi reliées, les unes m’ayant conduite aux autres, dans un ordre que je crois difficilement l’œuvre du hasard. Ainsi, par les Journaux d’Anaïs Nin, j’ai rencontré Dostoïevski et Antonin Artaud, qui fut amoureux d’elle. Kafka je ne sais plus – qui ne parle pas de lui ? Cioran – triste lecture – m’a fait découvrir, entre autres, Emily Dickinson, qui, avec Dylan Thomas et Sylvia Plath, ont toutes mes préférences en matière de poésie anglo-saxonne.
A l’époque, je n’avais pas réussi à trouver de traduction de ses poèmes. Je lisais ses Journaux, qui commencent par ces mots : “Peut-être ne serai-je jamais heureuse, mais ce soir, je me sens comblée. Il suffit d’une maison vide, d’une chaleur et d’un brouillard de fatigue après une journée passée à planter des fraisiers au soleil, d’un verre de lait frais sucré et d’une petite assiette de myrtilles noyées de crème.” Ensuite sa voix se brise, au fil des années, parcelles fulgurantes d’une vie, débordant d’ambition, d’orgueil et de désillusion. Mariée au poète anglais Ted Hughes, d’émerveillements inexplicables en accès dépressifs, l’écriture ne fut jamais pour elle un refuge. Depuis l’adolescence, nombreuses avaient été les tentatives de suicide, aussi n’était-ce pas tant un événement inattendu que, trompée et délaissée par cet homme qu’elle admirait plus qu’elle n’aimait, elle décide de mettre fin à ses jours.

Par hasard, alors que je ne pensais plus vraiment à elle – je vérifiais machinalement son nom chaque fois que je parcourais des yeux le rayon Poésie des librairies – j’ai découvert ce livre tant attendu. La précision de son vocabulaire et sa capacité à transfigurer son expérience intime du monde m’ont de nouveau éblouie, et j’ai pensé que je pouvais mieux la comprendre aujourd’hui que je ne l’aurais fait alors, si mon désir de la lire avait été comblé au moment où il avait surgi.
His head is a little interior of grey mirrors.
Each gesture flees immediately down an alley
Of diminishing perspectives, and its significance
Drains like water out the hole at the far end.
He lives without privacy in a lidless room…
< Insomniac
Sylvia Plath (1932-1963)
Journaux 1950-1962, Gallimard 1999
Arbres d’hiver, nrf, Poésie / Gallimard 1999
Deux remarques de moindre importance :
- J’ai volontairement omis de recopier la traduction des extraits cités. Malheureusement, comme c’est souvent le cas en poésie, le français défigure la langue originale, aussi vaut-il mieux ne pas chercher à traduire…
- En cherchant des photos pour illustrer ce billet, j’en ai trouvé quelques-unes qui m’ont inquiétée : celles de Gwyneth Paltrow en Sylvia, me laissant penser qu’un film est en train de se tourner. Si c’est le cas, il faut craindre le pire : rares sont les films capables d’éviter tous les écueils de l’illustration / incarnation de l’écrivain inversé scandaleusement en personnage de cinéma (Virginia Woolf, Musset, Sagan…)