Lorsque le ressort s’est détendu, certains rouages quelque temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s’arrête. Alors si le soleil reparaît tout s’efface bientôt, le brillant appareil s’évapore : il a plu. (Francis Ponge, Le parti pris des choses).
Pour moi non pas une machinerie mais un luxuriant organisme, un corps sensuel de fluidité, protéiforme de sonorités diverses.

Issue de la totalité unanime
D’une abondance altière
Ma naissance est une
Dégringolade
Infime échappée
De l’anonymat d’être mêlée
Leste mutine et cristalline
Ma courbe limpide me ravit
L’épais rideau parfois
M’absorbe à nouveau
Dans son dense réseau
Je suffoque on me dilue
L’une en l’autre mes sœurs
Sont moi je suis elles
On m’accumule j’éclate
Multiple je deviens bombée
Obèse
Comme un flux
Qui corrompt la fluidité
Par la puissance du débit
Suis-je l’illusion commise
Au nom de la monade
Dont l’éphémère dispersion
Me refuse sa perfection ?
Ce pouvoir d’être féconde
Qui contre mon gré m’échoit
Volontiers je l’échange
Contre un peu de solitude
Morne plénitude
Je suis moisson
Insipide
On me diffame
On me dit fade
Que ceux qui me blâment
M’accueillent au creux de la langue
Qu’ils m’enduisent et m’engraissent
De salive moi je suis fraîche
Acide je suis verte
De feuillage et de bois
Ma chair a des relents de climat
Je suis la sueur du vent
Capture olfactive
Fondante et versatile
Et quelquefois
Oh jouissance d’être moi
Je m’arroge la mélancolie
La souffrance et le mépris
Je m’incarne
En larme.
Les textes et poèmes regroupés dans la catégorie Fractions (fragments de fiction), sont des travaux personnels compris dans un projet plus vaste qui se développe en dehors du blog.