- hier transi ne fait qu’attendre -

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hier transi ne fait qu’attendre

exactement vide

plaines molles non figuratives

sol mat

dépaysement abstrait

file ainsi faite

l’addition grégaire

-  moindre relique

moindre perspective -

blason de signes

béante photographie

tonnante vitrine

tout ce qui

forclos

invite

au recensement

 des mots efforcés

qu’intéresse

le sentiment

forteresse

laissant ivre

le vivre ouvert

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peinture : Zao Wou-Ki (détail)

Sans reprise

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Un cinéaste ôte de son film tout signe de commencement. Le gris des façades file en minutes l’heure d’un jour épais, coriace ; les repas se prennent au hasard ;  le sommeil cueille les corps quand ils y tombent ; la nuit s’étale, suspension lâche d’une luminosité molle. Il n’y a pas d’apparitions, les gens se font à mesure qu’ils se défont, dans une continuité indifférente. Ils passent, se longent eux-mêmes, ce sont des passants. Voilà du monde l’immédiat, quelques figures crayonnées flottant dans un aquarium aux confins qui s’ignorent, le cinéma qui refuse de mentir. Faute d’un cadre visible on demande au spectateur de se faire trou de serrure. Libre à lui d’en jouir en voyeur ou en philosophe, l’un n’exclut pas l’autre. A moins que cela ne suffise, auquel cas le cinéma capte effectivement le réel, à s’y méprendre.

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Capture : Andrei Roublev, Tarkovski

- scène de chasse en forêt, la tristesse -

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La tristesse pourrait se présenter ainsi. Une scène de chasse en forêt.

Ainsi, encore, se déroulerait-elle, dans le verbe. Muant, en lui, hôte d’une digne traîtrise. Jusqu’à ce que, se sentant, un jour, écartée, elle aboie. C’est que, le désespoir, ordinaire de son style, la porterait en trop grande estime, l’imitant, la flattant, à s’y méprendre. Moule servile, doigt et deuil conjoints. A force de regarder en arrière, elle voudrait au moins fuir cela, ce désespoir collant, trop proche, trop semblable à elle, étouffant. Hors de lui, hors d’elle éperdue, elle courrait. D’une ombre à l’autre, écume, sous les feuilles plus nombreuses, jeune, de plus en plus neuve. Et là, qui parle ? Qui, d’une ligne défaite, s’écoute à peine, se détache, s’arrache ?

Sur ce terrain ne poussent que des cris. Rouges, verts, poisseux, ils bondissent. Une seule plainte, enfant exhaustive, ô merveille. Aussitôt, terrassée. Ainsi sert la vigueur.

En vient une seconde, non moins valeureuse, outrageusement belle. Puis une troisième, encore. Rien ne dépasse, unique, la stricte monstruosité du temps. Rien, sinon sans voix.

Fuir, est-ce quitté comme chambre, son lit fait de larmes ?

Ce point culminant, atteint, ces flammes dévalées, cimes de plus en plus ouvertes. A s’y répandre, par gorgées matrimoniales, la souffrance est bue. D’autres larmes, tombant cette fois, comme des lèvres, attendent d’être cueillies. Les joues fleurissent. Mordues au sang par la meute excessive.

La visibilité qu’elles offrent, les larmes, coule, légendaire. Mieux qu’une trêve recelant son devenir, elle se découvre. Ses motifs sont transparents.

Où le ruissellement vide le verbe, hérétique. Les proies gisent, bientôt dépecées. Inconsommable, qui a faim de cette chair-là ?

Lorsque la partie s’achève, indécise, jonchée de vertiges et d’odeurs fauves, la vision crève. Dehors, comme rien, l’air la dissipe.

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Paolo Uccello, La Chasse, 1470. Huile sur toile

- comme de voir -

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Enfoncement de sentir

Davantage encore qu’avant

Guise du peu de nous avéré

Le cœur est atteint

A voir comme d’en mourir

Témoin brutal

De ne croire autrement

Penser plus qu’extraire

Cela de soi-même

Reste un halo

Rejet égorgé

Il coule se clôt

Encre et se noie

Et tant il en est

Comme du regard

Fui des choses

Teint en veille, brûlé, pâli

L’actuel culmine

En sa propre asphyxie

Nuit sinon de jouir

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- ni dedans ni dehors -

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Ce jour-là Odradka se vit partir à la mer. L’envie s’était formée brutale, la veille, un enténébrement brusque, massif, de la conscience, qui avait duré le temps que vienne l’idée précise du départ. Aussitôt des préparatifs avaient été entrepris, du désordre la poussée qui s’organise, objectivement, un livre, un plan, du chocolat, de l’eau – cela pour éviter les cafés ou, à la limite, pour y boire autre chose -, des affaires jetées dans le sac de ville échangé contre le sac à dos qu’elle n’aimait pas. Ce qu’on a de précieux, d’utile et même, d’accessoire, on ne le serre pas contre soi si ce n’est, justement, pour éprouver cette lourdeur qui rassure, qui convertit le poids en compagnie, en contiguïté. Le projet si c’en était un,  d’aller à la mer, devait impérieusement se traduire en une action immédiate sous peine de lâcher, de s’évider d’un contenu avant toute chose, pénible. Il ne suffisait pas qu’elle y pense et parte le lendemain, il fallait qu’elle le fasse tout de suite, qu’elle commence à le faire, fût-ce symboliquement, fût-ce – c’est pareil -, méthodiquement. Un projet n’est jamais assez plein, assez profond, l’idéal, aurait-elle pu se dire, serait de plonger à l’aveugle, de prendre une avance et puis de tout défaire. Quand on ouvre, on regarde à l’intérieur, on sait ce qui manque, ce qui fera défaut, ce qui n’ira pas. Alors elle se vit marcher seule, éblouie, le regard éclairci et comme aspiré par la mer, elle se vit avoir ce regard et faillit laisser là son envie, la laisser retomber.

Odradka aurait pu se faire accompagner. Il devait bien se trouver, au nombre de ses proches, l’un ou l’autre ami que cette perspective réjouirait, une incitation plus vraie, plus paisible que la sienne, une réalité dont elle n’aurait pas à douter. Mais partir à la mer, c’était une chose à faire nécessairement seule. Elle ne se voyait pas appeler, demander, solliciter cela d’un geste qu’elle regretterait aussitôt. Non que l’idée lui déplût de se sentir emmenée, d’être reprise à partir de là où elle n’était plus certaine d’en avoir encore l’envie ou, tout au moins, la force. Ni même qu’elle ignore l’ampleur abominable des conversations qui surgissent là comme naturellement, de l’air et de la lumière, du ciel et de la passivité hallucinante de la marche. La discussion, la fulgurance propice des intelligences, elle connaissait bien cet état, voyait déjà bien au-delà, l’oubli. La trop brève escalade et après ? Après, rien, ravalée la salive, ravalées les larmes. Seulement, parfois oui, le souvenir, tu te souviens c’était à la mer. Le ton subtilement changé, revenu certes, non pas d’où l’on sait, mais d’un endroit inconnu. A cela, en toute sincérité, elle devait répondre qu’elle ne se souvenait pas, qu’elle n’avait jamais été, avec personne, en un tel endroit, tel qu’évoqué, jamais de la vie. Cet endroit, elle ne le voyait pas, ainsi non, elle ne l’aurait jamais vu. Mais il ne s’agissait pas, cette fois, de ne pas reconnaître, de récuser toute preuve du contraire redoutant l’irruption, la venue de cet état, la grâce, d’en repousser l’objet. Il s’agissait, à l’extrême du possible mué en principe, de le faire seule. C’est ce qu’elle voulait, pour preuve qu’elle irait, quitte, de ce fait, à ne pas partir.

Au large avant la mer il y avait encore la nuit. Une étendue supplémentaire à traverser, indécise bien que non moins sondée. Elle cessa ses préparatifs, chercha à s’occuper d’autre choses, à se distraire, mais, rêveuse, n’y parvint pas, préféra se coucher, fut longue à s’endormir (…)

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- signes -

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Si tu attends des signes qu’ils t’abordent avec grâce, qu’ils t’effleurent, te tournent la tête, légers d’une inconséquence qui n’est pas mondaine mais tienne, te laissent croire – oh juste un peu – que tu es libre encore et fort aussi de relever, comptable, le défi qu’ils représentent, si tu les guettes anxieux, indécis, vois alors qu’ils ne se contentent pas de te frôler mais qu’ils pleuvent, éclatants, gorgés, tonitruants, vois qu’ils cherchent à te percuter, qu’ils te cherchent toi et te voient, te serrent, t’emportent, ne te lâchent pas. Tant et tant que tu te détournes – oh juste un peu – pour éprouver l’espace, rassuré sans doute, par ton esquive, convaincu de ton avance et d’avoir gagné du temps. Jusqu’à ce que tu comprennes qu’il ne s’agissait nullement de signes, mais du présent en morceaux.

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- périhélie -

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A rebours miennes, les ombres la nuit, viennent.
Dedans tout s’efface, se détache
de mes bras la raison
j’ai vu l’espace suffisant
d’une vie seconde,
à défaut, maintenant, d’horizon,
passé, le monde s’effondre.
En nul objet reclus, sa faible anatomie fume,
l’esprit harcelé se dispute
puis, s’échappe, vite remis.
Muré, massé, malade, tumulte
rentré, l’écho est un milieu
montage de voix éparses
la solidité de l’immatériel
sans sa charge. Y tenant presque
la preuve du contraire, je vois,
et comme on tremble, je sens, miroir à mon anxiété.
Ne sommes-nous pas, transvasés, encore
d’hier les souvenirs à ras-bord,
une adresse peut-être, moins, un signe
l’image fond dans un angle, coule un motif vaseux
échoue je n’imagine rien
ne me donne la réplique.
Avec ce qu’on absorbe, happée
la moindre pensée fourche, se travaille à tort.
Rêve. En rade du sommeil que le corps réclame,
son bref soulagement promis, ou le monde démantelé.
De ces forces douces, persuasives
la nuit ne se relèvera pas
A son chevet sourde descente
d’une même substance tombent
les ombres s’émiettent
fragments de comète

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- deux temps -

- c’est là l’hypothèse de l’acrobate, nœud coulant de ses folles arabesques, là le risque qui le détermine de ne fixer qu’un vertige, défiant l’air prompt à le repousser, trait sur matière, étincelle s’éclaboussant toujours en train de se refaire, c’est ainsi qu’il nous apparaît, ainsi, mais qui peut le saisir, qui peut comprendre, suivre le fil invisible qui le retient encore quand il semble s’élancer si librement, comprendre qu’ainsi jeté presque virtuose du vide survient le risque, risque de ne pas être rejoint  -

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- Ils courent l’un vers l’autre. Dans leurs regards, leurs souffles accordés, la distance se résume, le temps fuit de plus belle. C’est donc que cela existe, ce vers quoi ils se hâtent ; cet horizon, faut-il qu’il soit profond pour qu’ils le piétinent, l’oublient. Comment, entre ces deux corps pressés sous une emprise unanime, comment n’y aurait-il pas quelque trappe que l’élan ignore, quelque autre énigme sous laquelle se trame un temps qui ne soit pas celui d’un seul cœur battant ? Car non seulement l’événement se dissimule, et son inadmissible latence prend une épaisseur et une densité telles que le sol sous leurs pieds s’enfonce, mais encore, preuve à venir d’une réalité qu’ils ne croiraient jamais voir s’ériger là, non pas sans doute de leur propre vouloir mais à leur contact, presque sous leur peau, ce temps-là semble se renfrogner, faire surgir et s’arracher des développements jusque dans ses propres replis, fouillant, creusant la distance comme s’il y avait là une fissure au sein même de la continuité -

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