Oses-tu voir une âme en incandescence ?

Nul ne peut circonscrire un Désespoir –

Comme sur une route d’Errance

Le Voyageur ne peut couvrir

Plus d’un Mille à la fois –

Inconscient de l’Etendue –

Inconscient que le Soleil

Se couchera pendant Sa marche –

Si précis que fût Tel

Pour évaluer la Douleur –

Quand la sienne – commence à peine –

Son ignorance – est l’Ange

Qui Le pilote tout du long –

Emily Dickinson (1830-1886), Une Ame en Incandescence, 33-477, traduction de Claire Malroux (José Corti, 1998).

Un cercle. La prose définit la circonférence. La poésie est le centre, le noyau, et le dehors : pour elle le cercle n’existe pas. Mieux que quiconque, Emily Dickinson incarne cette définition. Par sa réclusion obstinée, dans la maison familiale à Amherst, coin perdu dans le nulle part de l’Amérique. Son enfermement volontaire, annulant celui qu’elle aurait eu à subir en tant que femme dans un milieu puritain, est devenu sa délivrance. Libre de se déporter, l’imagination gagne en autonomie ce qu’elle perd en vécu. Elle reprend mots et concepts seulement pour les vider de leur signification et les investir d’un sens personnel. De ce séjour aux confins de l’esprit naît une conception du monde vive, critique et passionnée – incandescente.

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2 réflexions sur “Oses-tu voir une âme en incandescence ?

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