L’Arménie de Komitas

Armenia (Komitas, Khatchaturian, Gasparov, Babadjanian, Mardirossian…)

Un violon tantôt virevoltant tantôt langoureux soutenu dans ses humeurs par un piano et un violoncelle qui n’hésitent pas, de temps à autre, à s’envoler librement dans leur propre mélodie, c’est toute la générosité émotionnelle de ce disque dédié à l’Arménie. Ce pays, au carrefour de l’Europe et de l’Asie, possède une tradition musicale extrêmement riche, mise en valeur à la fin du XIXème siècle par Komitas. L’histoire de celui que l’on considère aujourd’hui comme le fondateur de la musique arménienne classique moderne, reflète intimement la tragédie de son pays. Ce jeune et pauvre orphelin, remarqué pour son intelligence, fut envoyé en ville pour recevoir une instruction. Il y fut touché par la beauté des chants populaires de sorte qu’il profita de son séjour au séminaire pour acquérir les connaissances musicales nécessaires à ce qui allait devenir la tâche de sa vie : récolter et transcrire les chants traditionnels des villages. Hélas, la guerre le coupa net dans son élan. En 1915, il fut arrêté, déporté, et, si les Turcs lui laissèrent la vie sauve, ils n’en détruisirent pas moins toute son œuvre. Son esprit n’y résista pas ; en 1919, il fut emmené en exil à Paris et passa les quinze dernières années de sa vie dans la dépression et la folie.

Le disque reprend quelques-uns de ses morceaux, petits bijoux de sensibilité et de vivacité. Le piano s’y approprie à la fois la voix humaine et celle des instruments du folklore arménien. Très moderne, le son rappelle parfois celui de Debussy, frôlant l’impressionnisme, mais sa forte identité arménienne ne s’oublie jamais dans des nuances plus nostalgiques. Viennent s’ajouter d’autres compositeurs arméniens, A. Khatchatourian, bien sûr, mais aussi A. Babadjanian (1921-1983), A. Gasparov (1961) et V. Mardirossian, qui y figure également en tant que pianiste. Les extraits choisis s’harmonisent si bien les uns aux autres qu’il serait difficile, à l’écoute de ce seul disque, d’établir la personnalité propre de chaque compositeur. Finalement, seul Komitas se distingue, tant ses chants transcendent subtilement leur origine et leur devenir pour déployer leur magie intrinsèque.

Bien que français, les interprètes sont tous trois d’origine arménienne. Chacun d’eux poursuit avec succès une carrière internationale, mais on sent que ce projet particulier leur tient à cœur. Leur synergie restitue toute la dynamique de cet univers, entre folklore et classicisme, fondant un paysage sonore pareil à une Arménie de conte, avec ses montagnes méditatives et ses villages colorés comme une version musicale des peintures de Chagal.

Dans le cadre du Festival Midi Minimes, le Take Four Guitar Quartet donnera un concert le 18/07/08 au Conservatoire de Bruxelles, avec des transpositions de Komitas et Khatchaturian, mais aussi Tchaïkovski et Chostakovitch.

Photo : Komitas

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