Le Chevalier Noir

A la longue, je devrais être lassée. Ces héros colossaux venus sauver le monde, il y en a tant. Ou bien, je pourrais m’en choisir un seul, et annoncer ma préférence, sans autre justification que ma propre subjectivité, pour lui attribuer ensuite mille qualités que les autres n’ont pas, des nuances que j’aime y lire, des détails et des gestes qui ne bouleverseraient que moi.

Cette ville ressemblante et cruelle où l’on détruit les gens aussi facilement que les immeubles, où l’on rit sans joie et l’on craint d’être soi-même, cette ville presque vidée d’amour et de valeurs, qui prête ses flancs râpeux aux théories extrêmes, et ses nuits à des combats toujours recommencés, hantée par un Chevalier Noir et son double grimaçant –

– ne finit pas de révéler l’état de conscience d’une nation (mais sommes-nous si différents ?) indécise, rongée par la guerre, la faute, la vengeance et la peur. Plus de discours que d’action dans ce film-ci, l’univers des comics est presque oublié et les scènes les plus spectaculaires renvoient à des microdrames réécrits jusqu’à l’absurde. Du héros ne subsiste qu’un rôle tragique, aux sources lointaines de la mythologie, incarnation funeste d’un questionnement, d’un destin impossible à renier, tout autant qu’à vivre. Vecteur d’incertitude et de chaos, rien de moins que dommageable.

A revoir, Batman begins, de Christopher Nolan (tous ces films méritent une attention particulière, en premier lieu l’impressionnant Memento) , avec Christian Bale et Heath Ledger.

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