La chair et le verbe

Entre deux formes d’amour que seul le désir semble relier  – l’étreinte et les sentiments – ils se demandent si, après cette nuit, ils resteront ensemble.

Dans la chaleur de l’été, avec son plafond haut, ses meubles anciens remplis de linge brodé, son buffet maussade dans la cuisine, l’appartement légèrement vieilli évoque une époque où les conventions simplifiaient l’amour, sans nécessairement le réduire, par un rituel, une carte  délicatement impérieuse qui, parmi tant d’autres précautions, interdisait sa  sphère à cette zone mate, épaisse, qui lui fait douloureusement concurrence, celle de l’individualité. Sans révolte ni nostalgie, ce couple de cinéma donne chair à un questionnement très actuel, sur le devenir d’une relation, sur sa possibilité même, sachant que la vie, imprévisible et capricieuse, ne légitime ni l’espoir ni l’angoisse, et que rien de ce qui s’invente ou se conçoit trop tôt ne préfigure l’avenir. Les voilà, corps magnifiques dans leur nudité morale et physique, transfigurés par le désir, conscients que ce moment originel de l’amour, unique et illusoire, est, d’une certaine façon, son apogée, ce point vertigineux où, gorgée d’un double mystère,  l’étreinte confine à l’anéantissement. L’homme s’amuse, marivaude, conte des aventures mi-vécues mi-fantasmées. Elle aussi, elle le suit, renchérit. Avec  les mots s’initie une nouvelle manière de faire l’amour, de marier jouissance et souffrance pour un plaisir plus aigu mais plus terrifiant. A ce jeu, elle est moins résistante, mais clairvoyante, comprenant que le plus sûr moyen de se perdre est de vouloir se préserver… Si désormais, les sentiments succèdent à l’étreinte, sans plus en être la condition, l’inversion, bien que  naturelle, laisse une légère amertume, d’autant que l’amour n’est jamais – ce sont leurs propres mots – qu’un commencement.

Nuit d’été en ville, de Michel Deville, avec Marie Trintignant et Jean-Hughes Anglade (1990)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s