Les réjouissances de l’absurde

Prenez un panel de clichés disparates, diluez-le dans un grand sceau de bêtise et de vulgarité, secouez bien jusqu’à l’absurde, et préparez-vous à éclater de rire : voici le nouveau film des frères Coen – dits faux jumeaux collaborateurs indissociables interchangeables irremplaçables.

Il serait dommage de dissocier Burn After Reading de No Country for Old Men (et de les hiérarchiser), car ces deux-là s’amusent ensemble et se font écho presque autant que les réalisateurs : même humour (dans un contexte différent), même truculence, même perfection scénaristique, même maîtrise de l’image. Entre tragédie et comédie, la nuance est dans le ton. A quelques degrés près.

L’intrigue est une estrade  sur laquelle les acteurs présentent leurs morceaux de bravoure, avec un plaisir perceptible et communicatif : Brad Pitt (et c’est bien la première fois que je l’apprécie) est coach dans la salle de musculation   hardbodies ;   Clooney, homme-enfant entretenu, alterne sainement sexe et jogging ; Frances McDormand attend  l’homme idéal et compte sur la chirurgie esthétique pour se réinventer ; Tilda Swinton, taillée à la serpe dans une élégance glaciale, compose une  diva grandiose et infecte ; John Malkovitch se montre aussi tordu que d’habitude. Entre eux des imbroglios compliqués tissent un réseau fictionnel qui, vu de haut, de très loin, (métaphore de l’image satellite au générique) ne fait aucune concession à l’absurde. Proche en cela de No Country, Burn after Reading ne prend rien au sérieux. La profusion d’anecdotes réalistes finit par dé-réaliser l’histoire. Les hommes sont des marionnettes qui s’agitent vainement et les personnages – faut-il le dire – rivalisent en bêtise et veulerie ; les cadavres peuvent disparaître aussi vite, du moment que l’on s’occupe du ménage – c’est le rôle de la CIA. D’un grotesque de la meilleure eau, ces films  proposent une vision de l’humanité si noire qu’on ne peut qu’en rire : réponse politique souveraine à la crise et à la  guerre, comme un président chahuté par une paire  de chaussures.

Autres films des frères Coen

Burn after Reading, Joël et Ethan Coen (actuellement en salles)

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Une réflexion sur “Les réjouissances de l’absurde

  1. Pingback: A serious man: l’innocence en question. « Rue des Douradores

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