Les portes brûlent dans leur cerveau

Qu’y a-t-il, sous les hurlements, la colère, les pleurs ?  Que dissimulent les rires et les étreintes, les yeux fermés ? Que renferme une maison bien rangée, un joli jardin, des murs solides ?

Revenons en arrière de quelques décennies, prenons un jeune couple et leurs deux enfants.  Donnons-leur la chance de ne pas avoir de problème majeur, ni souci financier ni maladie grave.  Osons, sans méchanceté, les identifier comme représentatifs  d’une classe moyenne modérément instruite, travailleuse et saine. Bien sûr, son rêve à elle, son rêve ancien déjà, est d’être actrice. Elle imaginait les triomphes, les personnages au-travers de son corps, sa voix portant loin,  créatrice et voyageuse, toujours au-devant d’elle et l’entraînant ailleurs, dans des lieux, des vies nouvelles. Plus modestement, lui ne désirait qu’une chose : ne pas marcher dans les pas de son père, employé anonyme d’une société indifférente, ouvrier de l’ennui et de la routine. Mais les enfants sont apparus, il a fallu trouver la  jolie maison en dehors de la ville, arranger, ranger, organiser, entretenir. A présent c’est tout le contraire du rêve. La désespérante morosité. Je t’aime devient supplique, résignation, locution abusive et constat d’impuissance ; je t’aime et je ne t’ai jamais aimé ; désir pour soi non pas de l’autre.

Autant filmer jusqu’à l’impasse, sans craindre l’actualité du sujet. Laisser les acteurs livrer leurs excès ;  montrer l’insoutenable dissolution. Distiller, dans un récit sans originalité, les lueurs de la pénombre, les fulgurances regrettables, le fou qui dit la vérité, les insultes peut-être fondées, et les ironies du sort qui  sait si bien compléter l’incapacité humaine.

Revolutionary Road, de Sam Mendes, avec Leonardo DiCaprio et Kate Winslet , d’après le livre de Richard Yates – à voir au cinéma.

Lien 1 : autres films de Sam Mendes

Lien 2 : Qui a peur de Virginia Woolf ? de Mike Nichols, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton.

***

Trop tard dans la pluie fallacieuse

Les voici réunis ceux que l’amour a séparés

Les fenêtres se déversent dans leur cœur

Et les portes brûlent dans leur cerveau.

Dylan Thomas

(Anniversaire de Mariage)

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Une réflexion sur “Les portes brûlent dans leur cerveau

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