Notre rapport aux choses

Quelle valeur, dans une vie, un objet peut-il prendre  ? Une valeur symbolique ? esthétique ? économique ? affective ? C’est la question que  me pose L’Heure d’Eté, le dernier film d’Assayas. Je dis me pose parce qu’il est évident que chacun interprétera cette banale histoire de famille selon des critères variables – avenir de la grande bourgeoisie, mondialisation,  transmission, liens familiaux… Ces films de presque rien, dont l’intrigue réduite au minimum se contente de refléter avec précision des morceaux de réel, et qui font un style de l’insignifiance-même des situations ou des conversations, ces films d’un naturalisme coquet (ce n’est tout de même pas Ken Loach, ça se passe dans des jolis jardins chez des gens jolis aussi) suscitent certaines questions dont l’intérêt, parfois, excède de loin celui du film.

J »en reviens aux objets. En l’occurrence, du mobilier ancien, des tableaux, panneaux, vases, vaisselles, dessins – des objets d’art – dans une splendide demeure à la campagne, déjà légèrement décrépie. La propriétaire, aussi belle, aussi raffinée que ce lieu d’art dont elle s’est fait la gardienne, décède. De ses trois enfants, l’aîné seul vit encore en France. Lui seul porte un regard nostalgique sur ces collections, mais il n’est pas assez riche pour les conserver sans l’accord de son frère et de sa sœur.  Entre Tokyo et New York, l’héritage n’est pour ceux-là qu’une aubaine financière. On procède à un inventaire, on discute, on répartit, et chacun s’en retourne à ses soucis personnels.

En forçant à peine le trait, on pourrait voir dans ce film une typologie du matérialisme. D’un côté le matérialisme affectif de la mère et du fils aîné, pour lesquels chaque objet recèle une valeur symbolique (l’âme des êtres aimés) ainsi qu’une valeur artistique. Leur  attachement aux choses est de l’ordre de la foi et du respect religieux.  De l’autre côté, le matérialisme utilitaire du frère et de la sœur, tous deux commerciaux de profession, aimant avant tout le confort et l’argent, au point d’y sacrifier une certaine qualité de vie.  Enfin, il y a le matérialisme hédoniste incarné par leurs enfants. Détachés du passé, indifférents aux arts, ils recherchent le plaisir dans la mode, les drogues et l’alcool (et aussi l’amour).

J’admets que cette façon de parler de l’Heure d’Eté peut donner du film une idée plus sombre que ce qu’il n’est en réalité. C’est une œuvre très lumineuse – qui ne pose aucun jugement. Il y règne un esprit bon enfant, une fraîcheur, un naturel plutôt gai, porté par d’excellents acteurs : Charles Berling, Juliette Binoche, Jérémie Rénier et Edith Scob sont tous quatre excellents, aussi est-ce un peu grâce à eux que l’on ne s’ennuie pas, que l’on ne s’énerve pas… Une visite dans les ateliers du musée d’Orsay, des plans de groupe maîtrisés, du soleil, des… beaux objets… et surtout, l’occasion de nous interroger sur notre propre rapport aux choses…

L’Heure d’Eté, d’Olivier Assayas

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