Je voyage le cinéma

Un traumatisme d’enfance, la folie et la force, la beauté d’un être au-delà des apparences, la nature grandiose dans un climat inhospitalier : des mots généralistes qui, appliqués sans discernement à un cinéma spectaculaire, semblent en garantir l’efficacité mais passer à côté de l’essentiel –  ou  épuiser tout ce que l’on peut en retirer. Si ces films sont conçus pour plaire, pour toucher le plus grand nombre – et cela fonctionne presque à coup sûr – il n’empêche que certains, tout formatés qu’ils soient, nous touchent vraiment. C’est-à-dire, il ne s’agit pas, alors,  de cette sensibilité commune que les hommes se partagent, constituée par l’ambiance de l’époque,  la mode, la culture – par tout ce que brasse l’air du temps, mais plus profondément, de notre sensibilité individuelle qui, difficile, souvent ignorée, ne se développe jamais suffisamment. Ainsi, dans nos listes de préférences, avons-nous tous quelque titre moins défendable aux yeux du monde, parce que les raisons qui nous font l’aimer ne tiennent pas à grand chose, puisqu’elles ne tiennent qu’à nous. Pour ma part, je pourrais citer quelques œuvres, musique, livre ou film, qui contredisent objectivement mes goûts mais n’en ont pas moins une place particulière dans mon cœur. Le dernier nom sur cette liste étant Dina, film auquel s’appliquent les qualificatifs que j’ai énoncés plus haut, qui se déroule en Norvège, au XIXème siècle. Voilà : il me suffit de contempler les paysages montagneux du Nord pour être subjuguée. Et cette lumière blanche qui donne une teinte presque surnaturelle à l’eau, à l’herbe ; la rareté des arbres ; les brumes suspendues comme des vapeurs chaudes ; les maisons austères en bois peint – tout cela m’emmène loin d’ici tout en étant très proche de moi. Et tandis que je rêve à ces contrées qui me correspondent, Dina dévide son histoire dramatique, affolante, excessive sans doute (comme bien des films nordiques), et m’emporte tout entière dans son tumulte. N’est-ce pas merveilleux, quand le cinéma nous permet de voyager – aussi intensément?

(photo de Norvège, qui ne vient pas du film)

Dina, d’Ole Bornedal (2002) avec Maria Bonnevie, Gérard Depardieu, Mads Mikkelsen…

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