L’art de la guerre, du thé et de la paille tressée

Partir très loin, dans l’espace et dans le temps, en Chine par exemple, deux siècles avant  notre ère, assister aux exploits des guerriers sur la mythique rivière Yangtse, se réjouir du triomphe de l’intelligence et de la ruse sur la force brute (toujours un peu ridicule, quoi qu’il en soit), admirer la sophistication des coiffures, le déploiement étudié des étoffes lorsque les corps, entraînés dans la lutte, développent des figures surnaturelles, s’initier aux sonorités  trébuchantes d’une langue qu’on ne transcrit pas comme on la prononce, et se dire que Cao Cao (Tchao Tchao), Liu Bei ou Sun Quan font davantage rêver que tous les Louis, Richard et Henri dans leurs châteaux – se détourner d’un samedi décevant dès la première heure, aussi gris que la semaine fut bleue, et chaude et printanière…

Le voyage, hélas ! n’est pas à la hauteur de l’attente. Pour un film chinois de propagande, célébrant l’unité, le désintéressement et le sacrifice de l’individu à la communauté, je préfère de loin les réalisations de Zhang Yimou. Celui-là sublime la démesure de ses projets qui s’enivre de couleurs, chorégraphies, luxuriances narratives! Démesurés, idéologiques  et parfois caricaturaux, Le secret des poignards volants ou Hero n’en ravissent pas moins chez moi un goût inavouable pour le faste et le merveilleux. Sans  couleurs, sans mystère et sans l’ambiguïté de personnages idéalement beaux – éléments remplacés par (dans l’ordre)  une brume épaisse, un récit linéaire et didactique (quand je comprends un film d’aventures, c’est mauvais signe!), des ruses et de l’humour (mais pas beaucoup, ou pas volontaire) et des visages parfois typés mais jamais aussi parfaits que ceux de Gong Li ou Zhang Ziyi – ces relectures bravement contemporaines de la tradition chinoise se réduisent alors aux Trois Royaumes de John Woo. Et je ne garantis pas la santé des chevaux malmenés au cours des batailles, étant à peu près certaine que les Chinois ne s’embarrassent pas du sort de ces créatures en pleine action. Je ne me suis pas ennuyée, je n’ai pas été divertie ni, comme je l’espérais, suffisamment dépaysée. Mais, outre l’actualité des problèmes politiques de cette époque, j’ai tout de même appris que les Chinois jouaient déjà au foot (pour s’entraîner au combat – sans commentaires), connaissaient l’arbalète et pratiquaient une météorologie offensive très efficace. Et surtout, que les brins de paille tissés ensemble sont plus solide que le brin de paille tout seul : c’est bon, je tâcherai de m’en souvenir ! D’ailleurs, L’art de la guerre de Sun Tsu,  cité à maintes reprises, (ainsi que l’art de faire du thé – et de le boire -), rappelle que  certains mauvais films  sont rachetés par l’envie qu’ils nous donnent de retrouver nos vieux classiques.

Trois Royaumes (Red Cliff), de John Woo – au cinéma

Filmographie de John Woo

Filmographie de Zhang Yimou

Publicités

2 réflexions sur “L’art de la guerre, du thé et de la paille tressée

  1. c’est bien de fair eun beau site, mais il faut que les textes soient lisibles : lettre s blanches sur fond noir = KO.

    Essayez avec d’autres teintes.

  2. Merci de me le faire remarquer.
    Le problème, c’est qu’il faut choisir le « thème » du blog dès le début, avant même d’écrire, et qu’ensuite, il est difficile de changer sans ruiner l’esthétique générale. Le noir met les photos en valeur mais fatigue les yeux à la lecture, je le sais. Quand je remanierai mon blog, j’en tiendrai compte, mais ce n’est pas pour tout de suite…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s