Le lointain nostalgique m’est un ami

Anselm Kiefer - Reines de France (Guggenheim)- l'artiste
dérange les figures du passé

La musique contemporaine ne se doit pas d’être systématiquement déconcertante. A l’originalité absolue – par ailleurs illusoire – certains musiciens préfèrent la continuité, sans qu’ils renoncent pour autant  à tracer leur propre voie,  sachant que quelque rapport que l’on entretienne avec la tradition, rupture ou prolongement, elle persiste, ne serait-ce que de façon spectrale. L’Italien Luigi Nono (1924-1990),  connu pour ses compositions d’avant-garde, formule ce paradoxe en termes  de tradition vivante. En une seule, et très belle phrase – Le lointain nostalgique et utopique m’est un ami qui se désespère et une inquiétude permanente – il exprime son désir de sublimer le passé, qui n’est pas matière morte, sacrée, intouchable, mais abondance, multiplicité de couleurs, textures, lignes… Cette continuité-là se traduit par une jouissance dans la réappropriation du passé, elle ne craint pas de se plonger dans les profondeurs intimes de la musique, de remuer, extraire l’hétéroclite de partitions bien structurées. Victor Kissine (1953), compositeur russe installé en Belgique depuis presque vingt ans, dans son parcours incarne, lui aussi,  ce  va-et-vient trouble entre permanence et  tradition.  Peut-être doit-il à l’exil (volontaire) ce rapport privilégié aux origines, et à l’éloignement géographique une inspiration plus libre vis-à-vis des  aînés – Chostakovitch, Schnittke, Berg…  D’autant qu’il n’est plus contraint, comme c’était le cas en Russie, de travailler pour le cinéma. Les nombreuses musiques composées dans ce cadre lui ont sans doute apporté davantage de notoriété que de satisfaction. Aujourd’hui, son poste de professeur au conservatoire de Mons lui permet de se consacrer à la musique de chambre. Sa prédilection pour les cordes (à laquelle son amitié pour le violoniste Gidon Kremer n’est pas étrangère), mises au service de créations plutôt visuelles donne à sa musique des reliefs très doux, qui facilitent l’accès aux zones plus âpres dissimulées dans ses recoins. L’ambivalence qui ne cesse de remettre en question la narration sonore reflète la fragilité d’un art qui n’existe qu’en son propre mouvement.

Lien 1 : Victor Kissine en concert au théâtre le Manège à Mons le 21/04/09 avec l’ensemble Musiques Nouvelles sous la direction de jean-Paul Dessy

Lien 2 : Enregistrements de Victor Kissine disponible en prêt public

Publicités

Une réflexion sur “Le lointain nostalgique m’est un ami

  1. Parmi les Kissin célèbres, j’aime bien également Evgueny Kissin, très bon interprète de Mozart par exemple.
    Désolé pour le jeu sur l’homophonie…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s