De l’évanescence des robes révolues

Quelques mots au sujet du dernier film de Keira Knightley, The Duchess. Si je me souviens bien, au moment de la sortie cinéma, les critiques n’avaient pas manqué de le dénigrer, les détails ne me reviennent pas, mais il devait s’agir, comme d’habitude, du jeu de l’actrice, jugé précieux, et de l’histoire, trop désuète sans doute pour ceux qui, à la vue d’un château et d’une belle robe, sont pris de spasmes républicains anachroniques. C’est tout de même incroyable : si ces gens-là témoignaient envers les films d’époque d’autant d’indulgence que, par exemple, envers les films de super-héros, certainement les défauts qu’ils prêtent à Keira Knigthley deviendraient aussitôt d’exquises qualités! Bref, même si, à cause de ces mauvaises lectures (les critiques!), je m’attends toujours à être déçue, je ne le suis jamais, et le « cinéma de princesses » est pour moi un plaisir trop rare (mais attention, pas n’importe lequel non plus : les mièvreries de Sissi ne m’ont jamais fait rêver…).

Inspiré, malheureusement, d’une histoire vraie – malheureusement parce que, de mon point de vue, l’emphase et l’idéalisation  s’harmonisent au merveilleux mais compromettent le récit historique – The Duchess trace le douloureux réajustement sociétal d’une femme noble du XVIIIème. Encore adolescente, Georgiana est mariée à un Lord tout ce qu’il y a de plus torry, très finement interprété par Ralf Fiennes. Des deux côtés, l’enthousiasme et l’espoir ne tardent pas à s’éteindre : ce qu’elle offre en intelligence et vivacité indiffère un mari obnubilé par son désir de descendance. Des filles naissent, les relations entre époux se dégradent. Drames domestiques, trahisons, défis, mises en demeure : prévisible, le cheminement de l’héroïne  se distingue par ses reprises. Elle s’effondre parfois,  se relève toujours. Résignée sans doute, mais non moins énergique et admirablement fière. The Duchess pourrait être un drame pleurnichard, c’est davantage un réquisitoire féministe édulcoré. Dans ce cas, rondeurs et tiédeur sont loin d’être désagréables : tant la somptuosité des costumes que le visage préraphaélite de Keira Knightley donnent au film d’époque toute sa légitimité esthétique. Jugement personnel quoi qu’il en soit,  enthousiasme toutefois atténué par un dégoût viscéral pour les pelouses trop vertes et une aversion équivalente pour les dorures et autres marbreries suppurant de l’ignoble vacuité des châteaux. Mais tout de même… Ce cinéma enchante ma nostalgie pour un passé qui n’a jamais eu lieu, magnifique en ce qu’il est irréalisable et irréalisé, comme un rêve vierge de toute réalité.

The Duchess, de Saul Dibb, avec Keira Knightley et Ralph Fiennes.

A voir, à lire, à  rêver : Reviens-moi

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13 réflexions sur “De l’évanescence des robes révolues

  1. Dans le registre film d’époques, vous devez certainement connaître le Louis XIV de Rosselini ou son Blaise Pascal.
    Non pas vraiment des films de divertissement pour rêver d’un ailleurs, mais plutôt des adaptations assez fidèles d’un passé révolu mais que le cinéma en règle générale, transpose assez mal.
    En tout cas, à les voir, on peut se surprendre à penser que Rosselini a fait un voyage dans le temps et qu’il n’invente rien. C’est un peu austère mais c’est riche.
    Je vous les recommande, mais vous les avez déjà vu, j’imagine.

  2. Eh bien non, je n’ai pas vu ces films dont vous me parlez… je suis une cinéphile extrêmement lacunaire! Ces films n’ont malheureusement pas été édités en dvd, il faudra que je patiente encore.

  3. C’est bien dommage qu’ils ne soient pas édités. Le Blaise Pascal est d’une parfaite fidélité à l’oeuvre écrite et permet d’appréhender qui était le grand génie mathématique.
    Et très bizarrement, c’est Pierre Arditi qui joue Blaise Pascal ! On le reconnait à peine.

  4. C’est très rare que le cinéma se révèle « fidèle » à un écrivain ou à un roman. Il y a davantage de trahisons que de réussites (d’ailleurs je me demande si j’en connais ne serait-ce qu’une seule). Pour Rossellini, ne nous inquiétons pas : viendra certainement un anniversaire prétexte à de somptueuses éditions. Je suis curieuse de mettre votre parole à l’épreuve…

  5. Disons qu’il y a fidélité à l’oeuvre littéraire de Pascal, dans la mesure où un certain nombre de dialogues sont tirés des « Pensées ».
    Ensuite, il y a un vrai respect de l’époque et de ses moeurs.
    En plein milieu d’une tirade, on ne s’attend pas à voir surgir Jean Marais sur un cheval blanc par exemple…

    « Blaise Pascal » ressemble un peu au « Molière » de Mnouchkine mais en version sévère, rigoriste. Voilà.

    Sinon, pour les bonnes adaptations de romans, le 1er exemple qui me vient à l’esprit c’est évidemment « Les liaisons dangereuses » de Frears.

  6. Oui mais c’est tout autre chose ! le scénario travaillé par un deuxième écrivain, c’est joué d’avance! En y réfléchissant, j’aurais peut-être proposé « Le temps retrouvé » de Ruiz, mais cela fait si longtemps que je l’ai vu que je n’oserais pas m’en porter garante. Par contre, il ne faut surtout pas me parler du Procès de Kafka adapté par Welles ni de la bouillie sentimentale que deviennent les romans de Dostoïevski au cinéma (NB. pas encore vu l’Idiot). – Au fait, c’est agréable, cette conversation par commentaires interposés -.

  7. L’exemple le plus amusant est sans doute « En avoir ou pas » de Hawks. L’adaptation que fit Faulkner du livre d’Hemingway pour le film est une trahison complète de l’oeuvre, mais à mon sens nettement supérieure à l’originale.

    Je suis certain qu’en cherchant bien, nous trouverions facilement dix bonnes adaptations.

    Ah, j’ai trouvé ! « Le Guépard » de Visconti d’après Lampedusa.

  8. Oui, bien sûr, Le Guépard, mais j’avoue n’avoir pas lu le livre. Par ailleurs – et sans faire référence au film de Visconti – j’ai remarqué que souvent, les meilleurs films proviennent de livres obscurs, ou de nouvelles assez médiocres. Le cinéma peut profiter des faiblesses d’un roman, mais peut-il faire quelque chose de ses qualités ?

  9. Vous oubliez le Barry Lindon de Kubrick qui est au film costumé ce que les Sex Pistols sont à l’histoire du Rock !

  10. Et vous n’êtes pas sans ignorer que Barry Lyndon est à l’origine un roman de Thakeray…
    J’ai failli ne pas approuver ce commentaire: le règlement de la Rue des Douradores interdit toute mention de ce film. Même ironique ou provocatrice.
    D’autre part, mes connaissances en matière d’histoire du rock ne me permettent pas de vous donner raison sur la seconde partie de la phrase.

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