J’ai tué ma mère

Xavier Dolan

L’âge peut avoir de l’importance. Il ne suffit pas de souffler, comme pour réclamer sournoisement l’indulgence du public, qu’il s’agit d’un premier film. Auparavant, on peut  être sensible aux détails : un jeune homme prénommé Antonin Rimbaud, des citations littéraires qui surgissent inopinément et s’inscrivent sur le haut de l’écran, un découpage soigné en séquences presque autonomes mais une chronologie très pointilleuse, des couleurs signifiantes, des cadrages scrupuleux. En un mot : un style appliqué, charmant. Après, à juste titre, on reconnaîtra que faire un film à vingt ans – voire moins : à dix-sept ans – mérite une certaine admiration.

Le ton et l’engagement émotionnel de l’acteur / réalisateur / scénariste Xavier Dolan trahissent l’inévitable côté autobiographique de l’histoire. J’ai tué ma mère assume d’emblée son je, tout en affichant, par l’humour ou la défocalisation, un recul salutaire. Hubert a seize ans, il ne supporte plus sa mère qui l’élève seule. Entre disputes et silences oppressés, exaspération mutuelle, dégoût et violence réprimée, cette cohabitation finit par les dénaturer l’un et l’autre. Séparément, ils sont sans doute acceptables ; ensemble ils se déforment. Tantôt Hubert enrage, tantôt il joue au petit garçon modèle. Qu’importe cela ne fonctionne pas. Ses fantasmes d’adolescents,  l’écriture,  la peinture  sont d’amers refuges, et l’amour est un réconfort aussi doux qu’angoissant : son homosexualité, pourtant bien vécue, reste un secret. Il ne s’agit pas seulement de décrire, mais de faire évoluer. La « crise », moteur naturel de l’action, précipite Hubert dans des situations de plus en plus difficiles à gérer : déceptions, blessures d’amour propre, engueulades, humiliations publiques, fugues, pension… Et puis il y a cette rencontre lumineuse avec un professeur peu conventionnel, cette belle jeune femme, un peu perdue elle aussi – mère ou amante de substitution ? Enfin, Xavier Dolan ne commet pas l’erreur de réduire le personnage de la mère à sa fonction. Au contraire. Sa vie difficile, ses échecs, sa fatigue, ses petits bonheurs : tout est là, qui accompagne, exaspère son amour maladroit pour un fils qui, forcément, ne la comprend pas. Nul n’est coupable, mais le sentiment de culpabilité est présent de part et d’autre.

Anne Dorval

C’est évidemment un film d’apprentissage, mais c’est surtout un embryon de film d’auteur, trois fois primé à Cannes cette année, dans la sélection  de la Quinzaine des Réalisateurs. (En octobre, il sera présenté, en Belgique,  au FIFF). L’accent québecquois, assez déroutant dans la première demi-heure, devient vite familier. Le talent des acteurs oeuvre pour le côté réaliste d’un cinéma qui est tout à la fois stylisé, drôle, tragique, énervant, caricatural et nuancé. Oui, tout à la fois! Avec peu de moyens (difficile de trouver un financement quand on est jeune et inexpérimenté), Xavier Dolan manifeste un souci du détail qui frôle parfois le maniérisme, mais, par la juxtaposition d’éléments contrastés, il retrouve toujours son équilibre. D’autant que le titre J’ai tué ma mère distille tout au long du film une éprouvante inquiétude l’a-t-il réellement tuée ?

Xavier Dolan, « j’ai tué ma mère ».

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2 réflexions sur “J’ai tué ma mère

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