Les méduses

Edgar KERET & Shira GEFFEN, «Les méduses» («Meduzot»), Israël, 2007, 78’

Dans une Tel-Aviv déréalisée, inclinée vers la mer comme la joue contre l’oreiller,  presque déserte, ce film très doux dévide les figures tristes qui, tels des fils insignifiants se tressent et s’étirent, se défont sans jamais rien connaître du tissu magnifique qu’ils forment une fois réunis. Sans doute existe-t-il autant de solitudes que d’individus, mais celles-ci ont été écrites pour se correspondre. Les personnages possèdent cette beauté proprement cinématographique, inconsciente et invisible que nous sommes seuls à voir, nous, séparés d’eux par l’écran, convaincus de leur caractère fictif. Fictif, vraiment ? L’art, qui modifie notre regard et accroît notre sensibilité, infiltre le réel et agit comme un révélateur. La présence d’éléments merveilleux dans un film tel que « Les Méduses » nous incite à nous distancier des apparences, à rejeter les limites infondées que nous posons au réel. Les vies s’échangent, les morts aussi, les âges, les sentiments : dépourvus de ce vêtement psychologique qui tend à faire accroire que les motivations, le passé ou l’individu ont un sens, les personnages restent indéfinis. Ils glissent, débordent, déteignent, dérivent. Les méduses n’ont pas de forme, elle sont presque transparentes. Petites masses gélatineuses échouées sur la rive, n’inspirant que le dégoût. Une jeune fille très renfermée, une mère et sa fille incapables de communiquer leur amour, une exilée souffrant d’être séparée de son enfant, une jeune mariée insatisfaite, une petite sirène miraculeuse ; femmes sans qualité, silencieuses, effacées. Sans ombre et sans consistance, elles traversent l’écran, discrètes, étincelantes, pour se dissoudre dans la mer, dans la lumière.

« Un navire enfermé dans une bouteille ne coule pas, il ne prend pas la poussière, il est agréable à contempler, il flotte sur du verre. Personne n’est assez petit pour monter à son bord, il ne sait pas où il va. Le vent ne soufflera pas dans ses voiles. Il n’a pas de voiles. Il a des volants de robe, et en dessous, des méduses. Sa bouche est sèche, il est entouré d’eau, qu’il boit à travers ses orbites à jamais béantes. Quand il mourra, ça ne se verra pas. Il ne s’écrasera pas contre les rochers. Il restera grand et fier. » (Poème extrait du film).

Edgar KERET & Shira GEFFEN, «Les méduses», avec Sarah Adler, Nikol Leidman et Gera Sandler.

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