La loi n’est pas si simple, puisqu’elle me néglige.

« Mon regard épelait mille petites figures, tombait sur une tête triste, courait sur des bras, sur les gens, et enfin se brûlait.

Chacun était à sa place, libre d’un petit mouvement. Je goûtais le système de classification, la simplicité presque théorique de l’assemblée, l’ordre social. J’avais la sensation délicieuse que tout ce qui respirait dans ce cube, allait suivre ses lois, flamber de rires par grands cercles, s’émouvoir par plaques, ressentir par masses des choses intimesuniques – des remuements secrets, s’élever à l’inavouable ! J’errais sur ces étages d’hommes, de ligne en ligne, par orbites, avec la fantaisie de joindre idéalement entre eux tous ceux ayant la même maladie, ou la même théorie, ou le même vice… Une musique nous touchait tous, abondait, puis devenait toute petite.

(…) Monsieur Teste dit : ‘Le suprême les simplifie. Je parie qu’ils pensent tous, de plus en plus, vers la même chose. Ils seront égaux devant la crise ou la limite commune. Du reste, la loi n’est pas si simple… puisqu’elle me néglige – et – je suis ici.’ »

Paul Valéry, « Monsieur Teste »

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Photo : The Crowd, King Vidor (1928).

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