Pas une chose seulement, mais tout (la sensation de ce vide-là)

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« Et ce qu’elle voulait dire ce n’était pas une chose seulement, mais tout. Des petits mots qui brisent la pensée et la dispersent n’expriment rien. (…) Sous la pression du besoin particulier qui vous fait parler à un moment déterminé on manque toujours le but essentiel. Les mots dans leur agitation perdent leur direction et s’en vont frapper le but beaucoup trop bas. Alors on y renonce ; l’idée retombe au fond de la conscience ; on se met à ressembler à la plupart des gens d’âge mûr qui sont prudents, furtifs, avec des rides entre les yeux et une expression de perpétuelle appréhension. Car comment peut-on traduire en paroles ces émotions corporelles, la sensation de ce vide-là ? (Elle était en train de regarder les marches du salon ; elles avaient l’air extraordinairement vides.) C’est là ce que l’on éprouve avec son corps et non pas avec son esprit. Les sensations physiques qui accompagnaient cet aspect dépouillé des marches étaient soudain devenues extrêmement désagréables. Désirer et ne pas avoir, cela communiquait à son corps tout entier une impression de dureté, de vide, d’effort. Et puis désirer et ne pas avoir – désirer et désirer encore – comme cela déchire le cœur et le déchire sans cesse ! »

Virginia Woolf, « La promenade au phare »

Précédemment : un extrait des Vagues

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Capture d’écran : Le Miroir, Andreï Tarkovski

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