– vaine enfin vers l’hiver –

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Saison s’offre feu de pensée brève

Flanc gras de marmaille suspendue

Au pas de la peau l’humus durcit

Va mûrissant grappes d’abandon

 Froissée la couleur se racornit

L’éclat mourant douçâtre ébriété

Se met à bruiner – enfin c’est égal

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Elle s’étire, glaciale, exténuée

Évasive faut-il qu’elle se force

 Chair funèbre – à resplendir

Genèse en ténèbres

 Crépite argument fragile

Presque interdite elle

Jonche, refrène – s’irrite

Poreuse saison vaine

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 Vaine éperdument – elle foisonne

Qu’elle donne et flamboie

Vaine enfin vers l’hiver

Ce que veut l’automne

Vers le froid qu’elle s’extériorise

Cependant qu’inverse

Le vide paysage la colonise

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Une réflexion sur “– vaine enfin vers l’hiver –

  1. Lumière, – fenêtre à vitrail, miroirs, tapis, tentures, coussins, chaises à têtes de lions, tables. Lumière, – dallages, cartes géographiques, globes terrestres et célestes, lustres, tableaux. Lumière, – coffrets, bijoux, perles, lettres, encriers, pièces d’or, corbeilles de fruits, aiguières » verres et carafes, instruments de musique, balances. Lumière, – tissus, chapeaux, voiles, turbans, rubans de soie dans les cheveux, pelissons d’hermine et velours brodés, robes de satin : Lumière, – visages de profil, visages inclinés, visages détournés, faces offertes, inexpressives, nues.

    Lumière, nudité, reflets dans les miroirs, sur les vitres, les verres, les perles et les fronts, les ongles et les lèvres, la peau des fruits, la peau des cœurs. Lumière…

    Vermeer ne raconte rien, ni narration ni fable ni histoire. Il montre, réfléchit ; il présente. Son œuvre est une mise en miroir, sa peinture une vision. Et il ressasse sa vision, il fredonne son chant du visible d’une voix claire et obsédante.

    Tant de ressassement et de silence mêlés ; le sommeil s’en vient. ‘La Jeune femme assoupie’, accoudée à une table éclaboussée de rouges, d’or et de brun, somnole. Torpeur non pas de vin, ni rêverie amoureuse, – torpeur et songe de lumière.

    « Elle dormait le monde. Dieu chanteur comment l’as-tu parfaite, pour qu’elle ne demandât pas à s’éveiller d’abord ? Vois, elle naquit et dormit. Où est sa mort ?  »

    Elle dort le monde et les couleurs, elle dort le chant de Clio, elle dort les visions du peintre. Elle dort les salons où murmurent les amants, les chambres où bruit la plume des épistolières, où s’exhale le souffle des servantes, où tintent la musique et les perles pesées sur de menues balances. Elle dort les cuisines où luisent le pain et le lait et les pièces retirées au fond des maisons fraîches où les hommes se livrent à la méditation, aux sciences.

    Elle dort l’élan de la Licorne enfantée par les songes des femmes et les pensées des hommes ; elle dort la blancheur de la Licorne qui ne fut nourrie que d’attente, de désir, de patience. Elle dort l’immensité du pays du tain, et les eaux noires du Styx où le Maître pêche des larmes de lumière.

    Elle dort la lumière ; elle a voulu franchir le pas au-delà et l’infini découvert l’a aussitôt harassée de splendeur, d’inconnu, de douceur

    « Comme à la vide conque un murmure de mer,
    Le doute, – sur le bord d’une extrême merveille,
    Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille ?  »

    Elle dort, elle veille, elle doute, elle attend, n’attend rien, elle songe, elle pressent, ne sait rien, elle est, elle cesse d’être, elle dérive vers l’éternel, elle sombre dans le nulle-part, elle est éblouie, elle est dans les ténèbres.

    Elle dort la lumière. Il ne faut pas la réveiller. Ses yeux seraient insoutenables de beauté.

    « Car le beau n’est rien que
    le premier degré du terrible »

    Sylvie Germain, Patience et songe de lumière. Vermeer
    (citations: Rilke, Valéry et, à nouveau Rilke. Éditions Flohic, 1993)

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