Derrière tout ce qui s’écrit, cette fragilité infinie où je disparais.

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« Il me semble que les textes écrits ont comme une absolue nécessité. Ils en donnent au moins l’effet à qui les lit (mal peut-être). Écrire ensuite d’après eux (après eux), c’est vouloir poursuivre ce qui est achevé déjà, c’est se condamner à la répétition ou, sinon, à un travail épuisant et infini, comme si jouait une nécessité inverse – ou le contre-chant de la précédente -, comme si rien ne pouvait s’écrire de nouveau maintenant (au commencement), parce que quelque chose est écrit déjà, où tout est dit. Mais on sait aussi que lire est une liberté et que pas un conte n’est absolu. D’où vient cependant qu’une insupportable gratuité menace sans cesse l’acte d’écrire : elle dépossède lentement – on se perd, on s’enfonce dans ce qu’on n’a pas voulu. Peut-être est-ce elle qui tremble secrètement dans les livres – derrière tout ce qui s’écrit, cette fragilité infinie où je disparais d’une manière bien plus effrayante que dans un rêve (n’était-ce qu’une maladroite allégorie ?) – ce qui ne s’achève pas, ne s’achèvera jamais… »

Philippe Lacoue-Labarthe, « Préface à la disparition »

Précédemment : Un événement de la pensée pour l’effroi devant les choses.

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