– Ma forêt –

Ma forêt

.

Je marche

Bien aimée je marche

Dans l’illusion de tes chemins

Laissant à ton effet

De hauteur de surface

Le soin de me porter

Et celui de m’apprendre

Par-delà le dire des cartes

Les motifs insinuants

Les conscientes bifurcations

Ce tracé de sens

Qui secoue la canopée

Comme une grande chevelure

Dense inquiétude

Rivée à ce ciel secondaire

Foisonnant de rêves

Je marche

Dans ma propre absence

Devêtue d’un monde

Si peu nécessaire

Qu’aussitôt j’oublie

Tout ce qui me limite

Et cependant je m’élance

Foulée vive tu me ressens

Deux abîmes

Entre nous j’en vois davantage

Je ne sais te traversant

Qui est traversée

Des râles des soupirs quand

De mille lèvres contradictoires

Advient ce que tu me confies

J’écoute et soudain tu te tais

Veux-tu à ce point

Que s’invente

Le dehors de tes replis

Corps de terre

Corps d’argile je

Me conduis

Selon ton désir

C’est par la pensée que

Bien aimée je marche

En toi non en ce que tu es

Résonne

L’innombrable de l’esprit

Tu m’étreins sans

M’ouvrir aucun accès

Pourtant je te connais

Ivresse élémentaire seule démesure

À hauteur de ce qui ailleurs

Se dit excès

Titubant je marche

Entre tes dents j’ai de la fièvre

Bien aimée avale-moi

Ta chevelure fumante rousse et verte m’intoxique

De visions hors desquelles la fadeur domine

Et me désespère

Bien aimée je marche ne me laisse pas

Parenthèse te refermer

À la vérité c’est l’inverse

Captive de ce que

Tu défais

Je marche bien aimée

Je m’enfonce

Dans tes ornières dans

Tes ombrages tes terriers

À cet endroit certaine enfin

De ne pas me retrouver

.

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3 réflexions sur “– Ma forêt –

  1. Voilà un Petit Poucet qui n’a besoin d’aucun caillou puisqu’il ne veut pas retrouver son chemin… Il s’enfonce parce qu’un appel le somme de se lancer dans cette forêt Où va-t-il, envoûté ? Qu’y a-t-il au fond de son désir de répondre à cet appel, oubliant le monde d’avant ?
    Désir du désir séparé jusqu’au faîte de l’apnée. Une danse sur le corps moussu de la forêt qu’elle épouse en tremblant. Vertige de cette noire rousseur sous la paume de sa main… Un miel lent et lourd recouvre le poème.

  2. Circé lettrée j’ai la faculté
    D’extraire un double de toi
    De t’installer dans mon cerveau
    Là tu te perds tu rampes tu t’enfuis
    Dans ma jungle peuples hostiles
    Bêtes féroces moiteur climat
    Changeant puisqu’en moi
    Libre tu t’évanouis fauve en cage
    Des doubles des clés des répliques j’en produis
    A l’infini tous différents, inquiétants, toujours
    Insatisfaisants dans mon laboratoire je calcule
    Je cherche la formule
    De la chair de son mystère
    Le temps passe la vie se tient
    A l’extérieur le monde demeure très loin.

  3. Ma jungle c’est le dehors de ma forêt, son prolongement ; la forêt, indéniablement, calme.
    Merci d’avoir exhumé ce bout d’un poème qui, avec le temps, a su conserver toute sa justesse et ma préférence.

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