Qui d’autre que toi pourrait compter les étoiles ?

Youri NORSTEIN, Le Hérisson dans le brouillard, URSS, 1975 (10’)

« Si le fait de ressentir ensemble et en profondeur les mêmes choses lorsqu’elles vous sont extérieures ne rassure pas, de quoi pouvez-vous être sûr ? »

Henry James, L’Autel des morts.

Qui d’autre que toi pourrait compter les étoiles ? Il n’est pas, à cette question, de réponse qui ne déçoive, ainsi se présente-t-elle, apparemment absurde, sourdement équivoque. Compter les étoiles ? Existe-t-il passe-temps plus futile, rituel plus dérisoire ? A moins que, en substance, agrémenté d’un bon feu, de thé chaud et de confiture à la framboise, le décompte n’expose une sorte de relation. De même que les étoiles aimantent diversement les regards cristallisant leur singularité, de même, l’élan commun dont elles sont la cible, rassemble, resplendit ; c’est l’ hypothèse fondamentale d’une amitié.

Ainsi, soir après soir, le hérisson se rend chez l’ours, à l’autre bout de la forêt. Ronds et menus bien que complémentaires, ensemble ils figurent un art de vivre comprenant thé, confiture et abondance d’étoiles – nobles vétilles d’une amitié sans nuage. A vrai dire, rien ne sépare les deux amis qu’une belle portion de forêt. D’ailleurs, au coucher du soleil, le hérisson se met en route. Il sait qu’il doit se dépêcher, veiller à emporter le pot de confiture (protégé d’un mouchoir), ménager la susceptibilité de l’ami-ours, son anxiété un peu pénible, communicative. Pas à pas, mot à mot, la soirée se joue déjà dans sa tête, dans son cœur – son cœur qui bat si vite ! Le ciel est encore intact, à peine piqué de quelques lumières. Les premières étoiles surgissent du fond de l’eau. A cet endroit, le hérisson n’a pas de reflet. Tour à tour pris de pensées inquiètes puis tendrement sollicité par la forêt, il hésite, avance, s’arrête, repart. Soudain il s’arrête, cette fois, émerveillé. Blanc sur blanc, il voit d’un brouillard jaillir le corps d’un cheval. Le hérisson se demande : si le cheval s’endormait, serait-il noyé ? Très doucement, oubliant la hâte, l’ami, la confiture, le hérisson plonge à son tour dans le brouillard.

L’odyssée sera brève, locale, à la mesure d’un être tout petit. S’enfoncer dans le brouillard relève d’une expérience inverse à celle du miroir. Narcisse aurait succombé à la fascination de l’eau ; le hérisson, peu soucieux de son apparence, se sent disparaître. Les profondeurs inexplorées de son esprit se confondent à celles de la forêt, elles sont également troubles, enveloppantes, terribles. Si le corps se dérobe, le corps perd ses limites. D’une latence, le brouillard rompt l’unité du réel, le ramasse en une présence immédiate mais fugitive, palpitante mais informe. D’où vient le danger ? Cherche-t-on à l’aider, à le secourir ? Ce cri, cette ombre, ce froid, cette lumière, est-ce un risque, une chance, une hallucination ? Dans l’absolu de la blancheur, entre tout et rien, comme sur un écran, tout est possible. Aux dimensions excessives d’une feuille d’arbre répondent des silhouettes mutantes : un éléphant, une chauve-souris, l’ondoiement liquide d’un escargot…

Les formes sont des impressions, des aventures toute virtuelles, mais ressenties. Le brouillard est l’événement esthétique qui, tabula rasa, met au jour les mécanismes organiques de la fiction. Conçue de papiers découpés glissant sur des surfaces translucides, l’animation de Norstein est en premier lieu une mise en abyme. Créatures et créations sont des héros frêles, exposés aux déchirures, soumis aux intermittences de la lumière, du climat, au bon vouloir peut-être, d’un dispositif mystérieux.

Part active du trouble ambiant, les sons provoquent des anamorphoses volubiles : ritournelles, bruits, voix in, voix off semblent ne pas s’entendre, se désespérer, se compromettre, entre toutes, la parole du hérisson s’égare, elle aussi, s’évanouit. L’emprise du brouillard n’est cependant pas trompeuse, encore moins négatrice ; a priori, elle est neutralisante. Suivant les corps en mouvement qui se rencontrent, se heurtent, se fuient, les métamorphoses hantent les effacements du champ, y laissent des traces, des germes. Dans ce chaos cotonneux, le devenir est une renaissance amphibie. Fatigué au point de lâcher prise, le hérisson s’abandonne à l’eau, et doucement, se laisse porter par l’invisible.

Le brouillard pose devant le hérisson cet écran qui va désormais l’isoler, l’arracher d’une simplicité de rapports sans doute illusoire, mais bienheureuse. Le nombre, et surtout la fulgurance des événements qui adviennent sans qu’il soit possible de s’en prémunir ni de leur donner un sens, montrent l’effroi que suscite, juste après l’émerveillement, la conscience rendue palpable, équivoque. Le hérisson est seul. Enfin, il prend conscience de sa solitude. Le monde pourrait n’être que cela, ce qui lie les êtres entre eux, les unit : un langage commun, une vision commune. Qui d’autre que toi pourrait compter les étoiles ? Ressentir, interpréter, imaginer, c’est se confronter à la détresse d’un sentiment orphelin, sauvage. Au loin, l’appel de l’ami-ours revient comme un écho impossible à joindre, tel ordre familier des choses, qui, creusé d’une profondeur dubitative, se défait. Ayant regagné sa place sous le firmament mutuel, la question du cheval dans le brouillard résonne encore dans l’esprit du hérisson. A la lueur réconfortante du feu, convaincu de son bien-être – et de cela seulement -, il ne se sent pas rassuré. Il réfléchit, se tait. La portion de forêt qui sépare – la brèche – a grandi, elle s’ouvre, désormais, au fond de lui.

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Courts métrages de Youri Norstein

Voir ici, ou , en ligne Le Hérisson dans le brouillard.

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Crin-Blanc

Albert Lamorisse, « Crin-Blanc », France, 1953 (durée : 44’)

Sans doute Crin-Blanc est-il le récit d’une amitié extraordinaire entre un enfant et un cheval mais, par là, c’est aussi un film qui déborde largement son propos. Une amitié extraordinaire ? Qu’elle soit insignifiante ou banale, l’amitié en soi est toujours un événement. Ce qui distingue celle-ci de toutes les autres, c’est qu’elle s’établit entre deux individus très différents, et encore, cela aussi n’est pas si étonnant. Crin-Blanc n’approfondit pas cette asymétrie, quoiqu’il la bouleverse tout de même un petit peu : l’enfant est taciturne et le cheval formidablement expressif. Au-delà des différences individuelles, c’est la rencontre qui est intéressante, non pas parce qu’elle transcende la nature, mais justement, parce qu’elle paraît très naturelle.

Il y a là un cheval magnifique, puissant, libre, un cheval prêt à disputer sa liberté jusqu’au sang, et il y a un petit garçon tout aussi libre, tout aussi sauvage. Blancheur et blondeur, crinière et mèches folles : qui précède qui ? Dès les premiers plans du film, alors même que le cheval et l’enfant sont séparés, ils coïncident. Leur rapport est antérieur à la rencontre, c’est ce qui la rend nécessaire et déterminante.

Arrêtons-nous un instant sur le personnage du petit garçon, Folco. Vêtu de blanc, agile et utile, bien sûr il a l’air d’un ange. Sur l’eau comme sur la terre, rien ne l’entrave, il ne craint ni le feu ni l’eau ni l’altitude, il court, il grimpe, il nage, toujours avec grâce, toujours avec légèreté. Qui est-il ? Il est Pierre, l’ami de tous les animaux – oui, même du loup -, il est Sosuke, l’amoureux de Ponyo*. A travers eux, il incarne les beaux enfants de la mythologie, les dieux en miniature, éphémères mais épanouis, avant qu’ils ne soient repris par leur destin d’homme… On parle souvent de l’innocence des enfants, mais ici on en est très loin. Innocence comme absence de désirs, de volonté – quelque chose en moins, déjà  défaut. Il faut se régaler de Folco, admirer la force de son jeune corps, l’acuité de son regard : il ne lui manque rien. Il est rusé, méfiant, audacieux, déterminé. Petit dieu : enfant dans sa plénitude.

A Crin-Blanc non plus, il ne manque rien. Indomesticable, son autonomie excède toute domination. Gigantesque quand il s’élève, quand il se cabre, rapide, liquide quand il fuse dans les airs, sa perfection ne supporte rien.

Rassembler deux êtres complets, autonomes : telle est la fulgurance de l’amitié. L’entraide en découle, elle ne la suscite pas, encore moins la justifie. Ce n’est pas à la faveur d’une faiblesse de Crin-Blanc que Folco parvient à lui jeter la corde autour du cou. Rien de plus facile pour le cheval que d’arracher cette corde, mais il y a mieux : traîner le garçon dans la boue sur des kilomètres, mesurer sa résistance. Folco est-il suffisamment fort pour Crin-Blanc ? Il y a cette épreuve, la rage, la patience : la douceur, on n’en fait pas l’aumône, on vient la prendre, on la gagne.

Il faudrait qu’ils soient seuls au monde, ou presque : la petite famille de Folco le laisse tranquille, c’est plutôt lui qui s’occupe de nourrir les siens. Mais la liberté de Crin-Blanc insulte les gardians, sa splendeur excite leur convoitise. Il faudrait qu’ils soient seuls au monde, ils en ont la force. C’est contre le monde qu’ils sont fragiles. Leur rencontre compromet l’ordre des choses, celui-ci se révélant soudain – décor. Ils se retrouvent l’un avec l’autre ailleurs déjà, dans un paysage qui respire et qui tressaille, qui, malgré sa familiarité, malgré sa lisibilité – inquiète. Tout devient provisoire, précaire, bienveillant mais contestable. L’amitié se dresse contre le monde ; l’émerveillement, la fougue, la douceur, l’effroi, la douleur qui la constituent sont exigence, apprentissage – avancée, désignation d’un pays autre. Telle est la dynamique que le film Crin-Blanc met en œuvre de façon très simple, si simple d’ailleurs qu’on peut ne pas la discerner, se contenter de ne voir que ce que l’on s’attend à voir, un gentil conte pour enfants sages. C’est manquer, dans ce cas, le jeu des correspondances, le jeu de pistes et de diagonales qui indiquent avec insistance ce hors-champ qui est l’horizon de l’amitié. On laisse filer la fin ouverte comme on laisse filer la métaphore, l’enfant et le cheval sur le fleuve, au rebord de l’ailleurs. On reste sur le seuil, on suit du regard ceux qui ont gagné leur séjour.

Albert Lamorisse, « Crin-Blanc »

Voir aussi Le Ballon rouge.

*Folco me rappelle aussi le petit garçon au raton laveur dans Louisiana Story de Flaherty.

Nous nous taisons pour nous-mêmes

Sylvie Verheyde, « Stella », France, 2008 (durée : 103’)

« Dans la lecture, l’amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d’amabilité. Ces amis-là, si nous passons la soirée avec eux, c’est vraiment que nous en avons envie. Eux, du moins, nous ne les quittons souvent qu’à regret. Et quand nous les avons quittés, aucune de ces pensées qui gâtent l’amitié : Qu’ont-ils pensé de nous ? – N’avons-nous pas manqué de tact ? – Avons-nous plu ? – et la peur d’être oublié pour tel autre. Toutes ces agitations de l’amitié expirent au seuil de cette amitié pure et calme qu’est la lecture (…) L’atmosphère de cette pure amitié est le silence, plus pur que la parole. Car nous parlons pour les autres, mais nous nous taisons pour nous-mêmes. Aussi le silence ne porte pas, comme la parole, la trace de nos défauts, de nos grimaces. Il est pur, il est vraiment une atmosphère. » Proust, Journées de lecture dans Contre Sainte-Beuve.

En cet endroit le film pourrait commencer : une petite fille entre dans une librairie et se tient, apparemment indécise, devant les hauts rayonnages. La disproportion est flagrante entre l’enfant toute menue et l’énorme tapisserie livresque dont on ne voit que les tranches, imposante stèle de caractères verticaux, symboliquement et matériellement écrasante. La scène se prolonge dans un silence inquiétant ; que va faire Stella ? Après tout on la connaît déjà un peu, justement, on sait qu’elle est imprévisible, violente, effrontée. A-t-elle envie de voler ? Va-t-elle tout détruire, s’encourir, veut-elle au contraire poser une question à la libraire qui l’observe du coin de l’œil ? Le temps passe. Enfin elle saisit un livre, paie, sort du magasin. « Les enfants terribles » : ce roman de Cocteau que l’on porte en soi comme un témoignage de l’adolescence parce qu’on y a découvert l’expression raffinée d’un morceau de soi-même. On pensait que la fillette avait pris un livre au hasard, on comprend qu’elle l’a choisi, ou encore, que le livre l’a trouvée.

Avant cet épisode décisif, Stella nous est apparue en sauvageonne urbaine qui s’ennuie en classe, crache sur les garçons, frappe les filles qui l’agressent. L’ambiance familiale n’est pas étrangère à cette drôle d’assurance qu’elle affiche, mélange de pragmatisme précoce et de fureur organique. Sa maison, son « école », c’est le café ouvrier que tiennent ses parents. Laissée à elle-même, indépendante et pas farouche, elle s’acoquine avec les habitués du bar, puise dans ces camaraderies décalées un vain savoir qui la façonne en dur. Château de cartes et vapeurs d’alcool embrument une conscience, si tendre encore, de petite fille.

Comme souvent, une rencontre providentielle amorce un renouveau. Gladys. Une camarade de classe, singulière elle aussi quoique parfaitement intégrée, fille d’émigrés juifs-argentins – culture d’intellectuels de gauche, discussions passionnées, politique, littérature, pas de télévision. Les deux filles profitent de cette liberté de mouvement qu’est l’indifférence parentale pour apprendre à se connaître, à échanger, à communiquer. Moment-clé de l’éveil intellectuel, le premier livre. Ainsi cette première amitié conduit-elle à une seconde, également profonde et formatrice.

Avec Stella, Sylvie Verheyde revisite librement sa propre enfance, à la fin des années 70. En fond, c’est donc la description d’un milieu et d’une époque. Le café de banlieue parisienne avec sa galerie de personnages, hommes désœuvrés, pour la plupart en rupture sociale, corps mélancoliques imbibés d’alcool tel Benjamin Biolay (qui joue le père de Stella), ou Guillaume Depardieu dans une de ses dernières apparitions… L’école a encore les moyens d’assumer son rôle social : l’élève médiocre est suivi avec attention, à la fois responsabilisé et stimulé par la mise en évidence de ses points forts. Sur les parents, le regard de la réalisatrice est également nuancé. Un homme et une femme certes affectueux, tendres si l’on veut, mais absents en tant qu’éducateurs, tout entiers accaparés par la vie du café, les clients, l’alcool, la drague… Limités à ce microcosme, ils ne distinguent pas vraiment Stella des autres clients : elle mange ce qu’ils servent au comptoir, porte des jolis vêtements d’adulte ; on attend qu’elle se débrouille, qu’elle se prenne en charge. Ne faisant que rarement usage du prénom qu’elle lui a pourtant donné, préférant l’interpeler par un froid « ma fille » qui résonne tout autrement que ce qu’il signifie, la mère ponctue invariablement ses conversations par un « je m’en fous » dont la récurrence finit par atténuer la cruauté.

Sans insistance déplacée, sans misérabilisme (même si les vacances chez la grand-mère dans le Nord sont tout à fait atroces), Stella s’enrichit du talent de ses acteurs, dont certains (Karole Rocher, Jeannick Gravelines) figurent déjà dans les films précédents de Sylvie Verheyde. Parfois quelques maladresses, un léger côté convenu, film d’époque un peu propret, film d’apprentissage très agencé, rien de grave, ces défauts – mineurs – passent vite à l’arrière plan. Le film est découpé en univers distincts qui ne doivent pas se rencontrer : le café, la chambre, l’école, la famille de Gladys, le Nord, les livres. Ces univers constituent les catégories mentales de Stella, qu’elle réussit à unifier, entre lesquelles elle apprend à circuler pour trouver son équilibre. Equilibre que le film reflète à son tour et, par ce glissement subtil que seule permet une  sensibilité véritable, sur le pur visage de Stella  se dessine un beau portrait d’adolescente.

Sylvie Verheyde, « Stella »

Filmographie de Sylvie Verheyde

La mélancolie des westerns

Si le western, plus que tout autre genre cinématographique, éveille en moi des images déterminées, ses territoires grandioses de morosité n’en exercent pas moins sur mon esprit une certaine répulsion. Des grands espaces mais une béance qui me terrifie ; du soleil mais la sécheresse ; l’intensité mais la dissolution ; un ailleurs qui ressemble à la mort, une chair douçâtre au goût de cadavre. En viendrais-je à souhaiter la pluie, le confiné, l’ici-même, en échange d’un peu de vie ? Il arrive que les lieux qui nous tourmentent le plus soient crûment ceux auxquels on ne résiste pas.

Car beaucoup de films vus – et appréciés – ces dernières années sont précisément de ce genre-là. Les westerns « classiques » ou moqués, je les connais très mal – question d’âge ou de cinéphilie restrictive, allez savoir… Mais leur prolongement actuel, déclinaison spectrale  du genre parfois qualifiée de western crépusculaire, me fascine quelquefois. Dans le désordre et sans hiérarchie je citerais L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et  3 : 10 to Yuma – variantes romantiques des légendes intemporelles aux héros ambigus –  et je n’oublierais pas les chefs d’œuvre de Clint Eastwood, Pale Rider et Unforgiven. Il y aurait encore No country for old men, si je ne le mettais à part, de côté, pour une raison absolument triviale : les personnages me semblent trop contemporains, et j’aime ce film-là différemment, avec une autre partie de ma sensibilité.

Ces réflexions me viennent après avoir regardé Appaloosa. C’est étonnant : tout au long, l’histoire n’a cessé de me surprendre, empruntant des chemins inattendus, qui s’élèvent, se rétractent, s’entortillent au lieu de se nouer, finissant par s’éparpiller alors même que l’on pensait avoir atteint une certaine résolution. Le ton sans doute est déroutant, on se méfie de cette amitié entre Virgil (Ed Harris) et Everett (Viggo Mortensen), on les soupçonne tantôt du pire, lorsque ils s’octroient les pleins pouvoirs sur la ville qu’ils doivent protéger, tantôt du meilleur quand ils s’en remettent à la justice. Les incohérences dans le caractère de Virgil sont-elles volontaires ou dues à un défaut de fabrication du personnage ? D’abord ultra-violent presque psychopathe, il devient doux, et juste, et délicat. Everett-le-mutique complète  les phrases qu’il n’achève pas, faute de vocabulaire, lui qui, pourtant, semble aimer la lecture. Sexualité trouble enfin, d’un homme à la virilité accentuée (le cow-boy justicier à la gâchette rapide!) puis remise en question, de son propre aveu, qui s’incline devant une femme-harpie peut-être plus virile que lui… Même si d’évidence, Everett est son double, ce personnage énigmatique et silencieux fonctionne de façon autonome, plus naturelle (mais aussi, c’est Viggo Mortensen : quel que soit son déguisement, il joue toujours plus ou moins le même rôle…). Leur amitié donne une saveur légèrement sucrée à l’histoire, un moelleux plus confortable, un baume sur le cœur. C’est un attendrissement qui gagne le récit tout entier, de proche en proche, l’herbe moins sèche, le soleil moins acéré, le sang moins rouge, la cruauté moins grave. On serait tenté de rire, mais il ne faut pas se moquer : on peut se laisser bercer, de temps en temps, par une approche feutrée des rapports humains. Elle n’est pas moins vraie parce que moins violente, ni moins triste, d’ailleurs…

Appaloosa, de et avec Ed Harris, Viggo Mortensen, Jermy Irons et Renée Zellwegger.

Un autre point de vue sur le film c’est chez B-Log

Un commentaire sur la musique du film très belle aussi.

Voir aussi Pollock, autre film de Ed Harris