Thériomorphisme*

*attribuer à un être, à une entité ou à un objet une forme animale (autre qu’humaine) – therios = la bête sauvage

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« À l’écart de la véritable intelligence transformiste, le commentaire animalier s’énonce comme si la vérité de l’humain était à lire dans le comportement animal, lui-même décrit avec les termes forgés pour décrire les comportements humains. On caractérise ainsi l’organisation d’une ruche, d’une fourmilière ou d’une termitière à l’aide des représentations propres aux organisations sociales humaines, afin de donner en retour une image des sociétés humaines qui les réduise au paradigme « naturel » issu de l’exemplarité qui s’attache à la fonctionnalité « parfaite » des « sociétés animales ». Une critique superficielle parlera encore d’anthropocentrisme alors que c’est de thériomorphisme qu’il s’agit à terme, puisque c’est l’image animalière qui contamine finalement la représentation de l’humain, naturalisant ainsi les castes, les privilèges, les hiérarchies intangibles, la cyclicité des tâches, la régulation du travail et de la production, les exclusions, les éliminations et les guerres.

Les exemples d’anthropomorphisme avec effet en retour, sur l’homme, de son langage exporté, foisonnent dans le cinéma animalier […] Le cinéma animalier est bête, et c’est en cela qu’il est intelligemment politique.

Dans La Descendance de l’Homme, Darwin parle surtout des animaux. Dans le cinéma animalier, on parle surtout de l’homme ».

Patrick Tort, « Darwin scénariste » dans L’Animal écran, Éditions du Centre Pompidou, Paris, 1996.

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Chat, chien, chouette : pour illustrer ce texte par de sains contrexemples, les captures d’écran sont du Joli Mai de Chris Marker.