Un jardin, Samarkand, des lagunes…

ENSEMBLE ICTUS : Jean-Luc FAFCHAMPS (1960), A Garden ; Claude VIVIER (1948-1983), Samarkand ; Misato MOCHIZUKI (1969), Lagunes – concert du 25/09/08 au studio 1 de Flagey

Humour ou mélancolie, spiritualité rêveuse ou neutralité méditative, l’Ensemble Ictus nous embarque pour une douce promenade dans l’arrière-pays de la musique contemporaine. Première escale, A Garden, de Jean-Luc Fafchamps. Belle occasion de s’imprégner des atmosphères ludiques dont le compositeur belge (aussi pianiste de l’Ensemble Ictus) a le secret, très présentes sur son dernier opus, Lignes, dont l’imagerie sonore chatoyante prépare agréablement l’oreille aux notes plus voilées de Claude Vivier. Ce compositeur canadien, assassiné à Paris à l’âge de trente-cinq ans, ne s’est inscrit au Conservatoire qu’après avoir été exclu du séminaire. Aussi son œuvre garde-t-elle l’empreinte profonde de ses aspirations mystiques, creusant les thématiques intemporelles de la mort, l’errance, l’amour. On ne sera pas surpris de lui découvrir une égale attirance pour l’Orient, suite à un voyage initiatique en Asie, entrepris à la fin des années septante. Effectuant le parcours inverse, Misato Mochizuki, japonaise d’origine, est aujourd’hui installée à Paris. Longs aplats sonores, son domaine est celui de la demi-teinte, de l’entre-deux, subtiles nuances délicatement mises en évidence dans ses compositions languides. Ces compositeurs, que l’on a davantage l’habitude d’entendre dans le cadre du festival Ars Musica, forment, en marge des grandes salles, un programme harmonieux, tout en souffles et en tintements.

Plus loin :

–          Site de Flagey

–          L’œuvre de Jean-Luc Fafchamps à la médiathèque

–          Biographie de Jean-Luc Fafchamps

–          L’œuvre de Claude Vivier à la médiathèque

–          Misato Mochizuki : Si bleu, si calme, FM7101

L’incandescence encore (Portishead en concert)

Forest National, 08/05/08

Comment transmuer l’introversion en intensité ? Elle, arrimée à son micro, tête baissée, épaules voûtées, se détournant du public dès qu’elle cesse de chanter. Nulle sophistication, à peine un écran reprenant quelques plans anamorphosés de la scène , des jeux de lumière rudimentaires, des coupures entre les morceaux, l’accord brut des instruments, sans discours ni confidences – c’est cela, un concert de Portishead, l’aridité, le dépouillement. Et si la salle avait été plongée dans l’obscurité, s’en serait-on aperçu ? La dramaturgie délaisse le visuel, se déporte dans un domaine plus sensible, où la musique se suffit à elle-même. Entre le chant et les accompagnements, au fond-même de la voix, dissociée, cassante, douce, voluptueuse, glaçante, murmure, cri et plainte, les tensions se nouent, prolifèrent et se heurtent les unes aux autres. Cette trame instable alternativement se concentre et se déploie, à mesure que Beth Gibbons semble quitter son propre corps et s’incarner tout entière dans son chant. Sa présence – est-elle réellement fragile ? – envahit la salle immense, en modifie les proportions, et sans se livrer une seule seconde, défait les soudures et s’engouffre à flots dans toutes les brèches.

Dernier album : Third