L’image dévore le son

Giuseppe Penone, Paesaggio del cervello (1990)

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L’image absorbe si naturellement l’imagination que lorsque la pensée accueille ou conçoit d’autres contenus sensibles, le goût, l’odorat, l’ouïe, c’est encore l’image qui les reçoit, qui en impose la forme  – image conciliante, apte aux métamorphoses, aux conversions ;  membrane aussi modeste et translucide qu’active et influente. La vue dévore les autres sens et les domine, les laissant rarement intacts. Cette médiation de la pensée, avant même qu’elle n’en rencontre une seconde, qui n’est pas non plus la dernière, celle du langage, fait que la description d’une musique peut se confondre à la description d’un tableau et que de nombreux musiciens travaillent la matière sonore dans un espace  abstrait, projection visuelle de ce qu’ils imaginent entendre.