Hadriatique

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Je rêve d’un amour pareil à la mer

Un enveloppement total

Et continu le corps rencontré

Saisi de partout porté et soutenu

Dans l’extase cependant que libre

Par la nage de se mouvoir

Loin des rivages connus

Et dans cet abîme descendre

M’enfoncer suivant le désir

D’une autre connaissance

Au frôlement d’une faune invisible

Je rêve de la mer

Étreinte absolue

Jusqu’à la dissolution

De la peau terrain originaire

Où le corps se différencie

De cela qui l’atteint

A l’acmé de la sensation

L’horizon chavire là-bas

Loin du littoral assermenté

Aux terres raisonnables

Je m’en vais jusqu’à la noyade

Voie seule

Indiscernable à l’accession

De cet au-delà qu’est l’amour

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– Κασσάνδρα –

« Je crois que si elle est atteinte, elle l’est gravement. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ce que je sens. Elle vivra vraiment, ou pas du tout. Elle aura, ou perdra tout. Et je ne crois pas qu’elle aura tout. »

Henry James, Les Ailes

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Par cent, par mille – atteinte

Vont lignes tracées vite

Arrière-sons relents

Évitées vont

Valeurs en mouvement

– Signes –

Maintes raisons refoulées

– Telle en un seul – effacement –

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Tenant secrètes ses nerveuses adresses

En de soucieuses places

 Laissant s’exercer

Des immunités sages la nécessaire impasse

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Si c’est rallier l’irrésolu

Elle parle en confusion

Chahut doutes clameur

S’écoute  fourbe exécration

Bruit rompu – splendeur –

 O sublimes parentés

En l’indistinct – signes

 Réprouvés ceints d’un unanime – oubli

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Par éclats prodigieux

L’anticipé se déchire

Lames bris tranchants
Vont graves et déjà tard – aveux

L’empreinte énonce le tournant

Insiste claire atteinte

Par cent par mille prémices

Tel en un seul – inachèvement

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Capture d’écran : Le Sacrifice, A. Tarkovski

– latences –

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Vive en devenir est pensée

Mue par une visite décisive

A l’évidence d’une fenêtre refermée

Le par-delà

Recèle sa réponse

Vide ou latence – réduction

Consentement à l’emprise

Irrecevable – communion

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Vive

Scission du pas

Scandant furtif le revenir

Tumulte des riens

Tantôt sourds qui s’empressent

Au verbe –  tantôt forfaits

En dérivent

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Irascible errance

Qui chemine ose

Devenir autre – refuser –

D’une fenêtre privée

L’aveugle outrance

S’aggravant – vive en devenir –

La commune pensée se fend

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Latences houleuses

Le par-delà jaillit

D’une fenêtre renfoncée

Vive entente est pensée

Contour qui s’infinit

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– vaine enfin vers l’hiver –

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Saison s’offre feu de pensée brève

Flanc gras de marmaille suspendue

Au pas de la peau l’humus durcit

Va mûrissant grappes d’abandon

 Froissée la couleur se racornit

L’éclat mourant douçâtre ébriété

Se met à bruiner – enfin c’est égal

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Elle s’étire, glaciale, exténuée

Évasive faut-il qu’elle se force

 Chair funèbre – à resplendir

Genèse en ténèbres

 Crépite argument fragile

Presque interdite elle

Jonche, refrène – s’irrite

Poreuse saison vaine

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 Vaine éperdument – elle foisonne

Qu’elle donne et flamboie

Vaine enfin vers l’hiver

Ce que veut l’automne

Vers le froid qu’elle s’extériorise

Cependant qu’inverse

Le vide paysage la colonise

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– automatique –

A quel point prendre ce qui arrive, à quel endroit. Je ne change pas mais le temps m’a quittée. J’étais proche, je le suis encore, distance négligeable pour qui ne s’embête pas à mesurer. Il y a eu des intervalles, je me suis éloignée, ressaisie, les actions se sont distribuées et réparties selon l’espace disponible. Parfois, coïncidence ou éclair de lucidité, elles se sont rejointes, il m’a semblé que j’étais leur instrument. Rien n’aurait pu me contenter davantage, savoir que j’étais enrôlée me suffisait, il n’y avait pas à correspondre à une idée, à un plan. Les faits parlaient par ma voix. En tel et tel points d’équilibre conjugués, l’art imite le vertige;  la volonté, le zèle sont manque de tact, c’est-à-dire insensibilité. Cette absence d’assise devient dormant d’osciller, redondance de se sentir parfaitement engagé, presque adéquat. Les gestes enfilaient mes mains, les pas emboîtaient mes jambes, tant de secousses, si peu de bruit. La vie s’insinuait parfois jusqu’à ma conscience, y était accueillie à grands renforts de cajoleries. Selon ses désirs ou ses caprices, elle veut être reçue avec intelligence sinon elle se défile ou se défait, je ne sais plus. A quel point combler le vide c’est se déprendre. Je ne manque de rien mais l’espace m’a quittée. Mes yeux n’en peuvent plus, paupières et cils assaillis, ça déborde de choses à voir et de choses qui ne rentrent plus, se cognent, rebondissent, reviennent. Vis-à-vis des autres, à quel point définir, de quel droit. Près de moi, les objets tremblent de tout leur corps, frissonnent de froid, ils s’enrhument, peut-être changent-ils, déclinent. Pas moi, contraire à ce qui arrive, le temps me fuit.

– cerné de son seul vouloir –

Nulle séparation

La hauteur est une recluse et l’espace

Un affolement – leurs gouffres sont celés

Écarts en chiasme prisonniers d’hier

Basculant les corps se grèvent

Hauteur espace je les ravale en rêve

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Aucune heure aucun jour ne sépare

Sinon l’étincelant goutte-à-goutte de l’instant

Décompte précis des retrouvailles

L’attente installe

La forme idéale du temps

Les heures les jours en rêve je les ravale

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Aucune parole aucun silence ne sépare

Rimes suaves du songe – En ces

Chambres tiédies du discours – l’ennui

Se trame et du même nœud s’étrangle –

Qui s’affale encore dans le dire – qui

S’enveloppe du souffle le respire

La parole le silence en rêve je les ravale

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Aucune caresse aucune retenue ne sépare

Au frôlement s’exerce l’étreinte

Traverse l’envers de la tendresse

Là le versant orgiaque là le versant furieux

Le versant féminin de l’aridité –

Source enfreinte seuil sans milieu

S’absout indivise et détachée

La caresse la retenue en rêve je les ravale

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Aucun manque aucun excès ne sépare

En la peau jachère le nu fait défaut

Et s’exagère – sanglot

Du ventre atteint le front

Que d’un râle naisse l’apogée

Jamais ne gémit venant jamais ne dit –

Des lèvres repart et rentre la pensée

Le manque l’excès en rêve je les ravale

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Nulle séparation

En ces mélanges convalescents – le rêve

Se ferme cerné de son seul vouloir

Latence exhaustive pli de rempart

Insitué presque épars

Le rêve l’écart à l’unité je les ravale

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Fragilité de la danseuse

Degas, Le maître de ballet (détail)

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Si, depuis toute petite, elle avance sur les pointes le long d’un fil qu’elle ramasse et  projette au loin, brûlante arête de surface, si elle ne passe ni au-dessus ni en dessous, tâtant du bout du pied le vif, le tranchant, ne sentant pas la chaude haleine du sous-sol, sa suavité souveraine, son lancinant appel, ne sentant pas mais déjà corrompue ne sentant pas qu’il s’insinue et l’envahit, l’enlace petit à petit

Si depuis toute petite elle songe et se décentre, si la pensée qui rassemble la décompose en mouvements, détourne, étire, tord cou, cheveux et doigts, tend jambes nues et discontinues au-delà, noue, écarte, effile ; corps rêveur, si son intelligence ne veut pas des limites de la vie sans issue, chaque rêve formé devenant réel de geste, si dansant déçue elle tourbillonne vers le dehors décrivant des cercles toujours plus larges, plus ouverts

Si depuis toute petite elle ronge sa propre chair, nourriture qui reflue des veines à la peau, carence des lèvres, si la consistance monte du ventre pour alimenter la fièvre, alors l’ivresse dedans le souffle chauffant la gorge est l’incandescence

Si depuis toute petite elle recèle une poche de vide au fond de l’estomac immense prégnance sans poids, sans lumière, néant sans devenir, si dévorée par lui, ce vide la remplit tout entière, l’ancre, l’alourdit, formidable rien qui l’atterre

Si depuis toute petite filant sa folle perspective allant hors-champ disparue d’elle-même muant, pliée, déployée, transformée, changeant de rôle, de personnalité, si elle se fond dans le miroir qui l’interroge traduite en figures et postures, si elle s’élance, s’envole, signe sans demeure, rire mise en scène éclate –  ferveur

Si depuis toute petite elle détaille l’éclat, le fugitif, le dépassé, matricielle, épuisant ravie l’immatériel, elle enfante l’espace

Si depuis toute petite elle est petite, qu’elle glisse diaphane, et fuit furtive, et vit invisible, si elle ne pèse rien aux yeux des autres comme aux siens, approchant sans être proche, évoluant sans atteindre, imperceptible quand elle s’élance en piste sinon sidérée d’être regardée

Si ne dansant pas pour elle-même puisqu’elle danse déjà, elle est la danse elle n’est même que cela, ne sachant rien faire d’autre, ne voulant pas, si la danse cependant ne suffit pas

Si ne dansant pas pour être aimée, aimant seulement danser, si elle continue, s’obstine, inutile mais exposée, alors elle sera reçue, en plein vol, par ses bras qui l’attendent et l’emportent et la reprennent et la relancent, partenaire sur le fil s’il danse avec elle, alors elle sera fragile.