– la douceur –

Moi aussi maintenant je devais présenter cette apparence éperdue.

(Jonathan Littell, Une vieille histoire)

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.

et soudain c’est la douceur

comme venue se poser là

où ça blesse

un mot un pan de peau

à l’ourlet des lèvres

sans égard sans

projet

un possible frôlement

avant de se transporter

ailleurs je le sais

sauf à discerner

accueillir par la voix

les yeux l’ouïe

sa part de folie

sa part d’invention

de désastre et d’ennui

peut-il encore s’étendre

l’espace

où rêveuse s’installe

l’émotion sans s’amoindrir

fût-elle alors

renvoyée à son origine

comme

dépossédée d’elle-même

la douceur serait

en cet espace je le vois

éperdument souveraine

.

 

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Uccello, uccello !

à chaque déconvenue sa prophétie

dont ayant fui

le tracé nous scrute

sans autre densité

que la vigilance

de notre œuvre contraire

 ce geste

de restitution

dans la continuité de la perte

 signe cercle des cercles

l’invétéré de toute croyance

espaces réticents

nous nous sentons

au bord du réel

à l’enfreindre

 pensivement

libres

– hier transi ne fait qu’attendre –

.

.

hier transi ne fait qu’attendre

exactement vide

plaines molles non figuratives

sol mat

dépaysement abstrait

file ainsi faite

l’addition grégaire

–  moindre relique

moindre perspective –

blason de signes

béante photographie

tonnante vitrine

tout ce qui

forclos

invite

au recensement

 des mots efforcés

qu’intéresse

le sentiment

forteresse

laissant ivre

le vivre ouvert

.

peinture : Zao Wou-Ki (détail)

– scène de chasse en forêt, la tristesse –

.

La tristesse pourrait se présenter ainsi. Une scène de chasse en forêt.

Ainsi, encore, se déroulerait-elle, dans le verbe. Muant, en lui, hôte d’une digne traîtrise. Jusqu’à ce que, se sentant, un jour, écartée, elle aboie. C’est que, le désespoir, ordinaire de son style, la porterait en trop grande estime, l’imitant, la flattant, à s’y méprendre. Moule servile, doigt et deuil conjoints. A force de regarder en arrière, elle voudrait au moins fuir cela, ce désespoir collant, trop proche, trop semblable à elle, étouffant. Hors de lui, hors d’elle éperdue, elle courrait. D’une ombre à l’autre, écume, sous les feuilles plus nombreuses, jeune, de plus en plus neuve. Et là, qui parle ? Qui, d’une ligne défaite, s’écoute à peine, se détache, s’arrache ?

Sur ce terrain ne poussent que des cris. Rouges, verts, poisseux, ils bondissent. Une seule plainte, enfant exhaustive, ô merveille. Aussitôt, terrassée. Ainsi sert la vigueur.

En vient une seconde, non moins valeureuse, outrageusement belle. Puis une troisième, encore. Rien ne dépasse, unique, la stricte monstruosité du temps. Rien, sinon sans voix.

Fuir, est-ce quitté comme chambre, son lit fait de larmes ?

Ce point culminant, atteint, ces flammes dévalées, cimes de plus en plus ouvertes. A s’y répandre, par gorgées matrimoniales, la souffrance est bue. D’autres larmes, tombant cette fois, comme des lèvres, attendent d’être cueillies. Les joues fleurissent. Mordues au sang par la meute excessive.

La visibilité qu’elles offrent, les larmes, coule, légendaire. Mieux qu’une trêve recelant son devenir, elle se découvre. Ses motifs sont transparents.

Où le ruissellement vide le verbe, hérétique. Les proies gisent, bientôt dépecées. Inconsommable, qui a faim de cette chair-là ?

Lorsque la partie s’achève, indécise, jonchée de vertiges et d’odeurs fauves, la vision crève. Dehors, comme rien, l’air la dissipe.

.

Paolo Uccello, La Chasse, 1470. Huile sur toile

– comme de voir –

.

.

Enfoncement de sentir

Davantage encore qu’avant

Guise du peu de nous avéré

Le cœur est atteint

A voir comme d’en mourir

Témoin brutal

De ne croire autrement

Penser plus qu’extraire

Cela de soi-même

Reste un halo

Rejet égorgé

Il coule se clôt

Encre et se noie

Et tant il en est

Comme du regard

Fui des choses

Teint en veille, brûlé, pâli

L’actuel culmine

En sa propre asphyxie

Nuit sinon de jouir

.

– périhélie –

.

.

A rebours miennes, les ombres la nuit, viennent.
Dedans tout s’efface, se détache
de mes bras la raison
j’ai vu l’espace suffisant
d’une vie seconde,
à défaut, maintenant, d’horizon,
passé, le monde s’effondre.
En nul objet reclus, sa faible anatomie fume,
l’esprit harcelé se dispute
puis, s’échappe, vite remis.
Muré, massé, malade, tumulte
rentré, l’écho est un milieu
montage de voix éparses
la solidité de l’immatériel
sans sa charge. Y tenant presque
la preuve du contraire, je vois,
et comme on tremble, je sens, miroir à mon anxiété.
Ne sommes-nous pas, transvasés, encore
d’hier les souvenirs à ras-bord,
une adresse peut-être, moins, un signe
l’image fond dans un angle, coule un motif vaseux
échoue je n’imagine rien
ne me donne la réplique.
Avec ce qu’on absorbe, happée
la moindre pensée fourche, se travaille à tort.
Rêve. En rade du sommeil que le corps réclame,
son bref soulagement promis, ou le monde démantelé.
De ces forces douces, persuasives
la nuit ne se relèvera pas
A son chevet sourde descente
d’une même substance tombent
les ombres s’émiettent
fragments de comète

.