Va, pensée (Ingeborg Bachmann)

« Va, pensée, tant qu’un mot clair est ton aile

pour l’envol, te soulève et s’en va là-bas

où les métaux légers se bercent,

où l’air est pénétrant

dans un esprit nouveau,

où les armes parlent

d’une seul façon.

Bats-toi pour nous là-bas !

« La vague soulevait un bois flotté, elle retombe.

La fièvre te serrait contre elle, et puis te lâche.

La foi n’a fait que déplacer une montagne.

« Laisse debout ce qui est debout, va pensée !

pénétrée de rien d’autre que notre douleur.

Sois notre pleine équivalence. »

.

Ingerborg Bachmann, Poèmes (traduction : François-René Daillie).

.

Photos : Armando Salas (Portugal,1916-1995),  Trois photographies de la pensée (1968).