Cinopéra

Natalie Dessay  dans le rôle principal de « La Sonnambula » de Bellini ce samedi 21 mars : c’est  au Metropolitan Opera de New York ( le « Met »). Voir ce spectacle quand on est  Bruxellois, quel rêve fou ! Pourtant,  c’est le plaisir proposé à  plus d’un million de spectateurs dans le monde. Depuis trois ans déjà, le Met utilise les nouvelles techniques de transmission sonore et visuelle en haute définition pour diffuser  en direct (« Live in HD ») quelques-uns de ses spectacles dans des salles de cinéma. En Belgique, pour la deuxième année consécutive, Kinepolis participe à ce projet.  La réussite est confondante :  dès le début, le spectateur est plongé au sein du public du Lincoln Center.  Puis, grâce au jeu de huit caméras, il va pouvoir apprécier de tout près l’émotion des interprètes, les chorégraphies, les décors et costumes somptueux. J’ai eu deux fois la chance d’être à  New York et  d’obtenir une place au Met : même munie de jumelles, je n’ai jamais vu  les visages avec une telle netteté, ni perçu l’art du metteur en scène sans perdre un détail tout en conservant la perspective d’ensemble. Certes, l’opéra déploie totalement ses effets lorsque le contact direct avec la voix et l’orchestre nous fait vibrer tout au long de la représentation. En allant au cinéma, on accepte d’avance de perdre cette dimension de l’art. Mais la qualité des chanteurs et des instrumentistes jointe à la beauté des images produisent une forte impression à laquelle on s’abandonne immédiatement sans arrière-pensée.

Destinée à un très large public, la programmation reste classique : les grandes oeuvres du XIXème siècle sont majoritaires ; une seule création contemporaine était retransmise cette saison : « Dr Atomic » de John Adams  qui évoque la personnalité de Robert  Oppenheimer. S’il s’agit d’élargir l’audience de l’opéra, ce choix est sage. Je défie quiconque de faire aimer l’opéra à des jeunes en proposant d’emblée une oeuvre d’aujourd’hui ! Même chose pour les mises en scène, bien éloignées du minimalisme de rigueur chez nous : « Lucia di Lammermoor » nous emmène dans les paysages et l’intérieur d’un château écossais plus vrais que nature, les chorégraphies de Mark Morris pour « Orphée et Eurydice » ou de Carolyn Choa pour « Madame Butterfly » sont d’une extrême beauté.

La transposition cinématographique est devenue un art en elle-même : on passe de l’une à l’autre des huit caméras en fonction des moindres variations musicales. Il est possible de voir les spectateurs, l’orchestre, un flûtiste, une harpiste sans que ces prises de vues viennent jamais distraire le regard de l’essentiel : le chant et le jeu des protagonistes. Pendant les entractes, des interviews donnent la parole aux chanteurs, metteur en scène, chef d’orchestre… et les caméras nous conduisent dans les coulisses où l’on peut apprécier la rapidité et l’efficacité d’une centaine de  machinistes. Le pop corn est disponible… mais aussi le champagne servi gratuitement avant le spectacle.

Le prix (18 euros) est raisonnable si on le compare au prix d’une place à l’opéra, à condition qu’on réussisse à obtenir celle-ci !  Sans compter l’excitation de se transporter en imagination jusque dans la salle du Lincoln Center ! La preuve : le public est présent, nombreux… et fidèle.

Texte: Anne Schillings

Lien : The Metropolitan Opera live in HD

Photo : Natalie Dessay dans La Sonnambula de Bellini (bientôt disponible)

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