La fin de l’été (au secret)

le secret

.

Longuement s’écoule

la lie de l’été

aux pores pâlis

des errements

fussent-ils révolus

dans le temps dit-on

tout revient la traversée

continue cette trahison

on bat le rappel

des signaux contraires

déferrés au manque

l’évidence est une tanière

une solitude vorace

sous les apparences

de la dénudation

la surface

du visible confond

la peau dans la sensation

et la pensée

conduite à sa limite

aveugle de clarté

retourne au secret

.

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Hadriatique

.

Je rêve d’un amour pareil à la mer

Un enveloppement total

Et continu le corps rencontré

Saisi de partout porté et soutenu

Dans l’extase cependant que libre

Par la nage de se mouvoir

Loin des rivages connus

Et dans cet abîme descendre

M’enfoncer suivant le désir

D’une autre connaissance

Au frôlement d’une faune invisible

Je rêve de la mer

Étreinte absolue

Jusqu’à la dissolution

De la peau terrain originaire

Où le corps se différencie

De cela qui l’atteint

A l’acmé de la sensation

L’horizon chavire là-bas

Loin du littoral assermenté

Aux terres raisonnables

Je m’en vais jusqu’à la noyade

Voie seule

Indiscernable à l’accession

De cet au-delà qu’est l’amour

.

Uccello, uccello !

à chaque déconvenue sa prophétie

dont ayant fui

le tracé nous scrute

sans autre densité

que la vigilance

de notre œuvre contraire

 ce geste

de restitution

dans la continuité de la perte

 signe cercle des cercles

l’invétéré de toute croyance

espaces réticents

nous nous sentons

au bord du réel

à l’enfreindre

 pensivement

libres

Anxieuses, terreuses figures

Quand nous reverrons-nous ? Quand le goût terreux de tes lèvres viendra-t-il à nouveau frôler l’anxiété de mon esprit ? La terre est comme un tourbillon de lèvres mortelles. La vie creuse devant nous le gouffre de toutes les caresses qui ont manqué.

Antonin Artaud, L’Art et la Mort

.

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Murder victim et Mountain with eye – lithographies de David Lynch

David Lynch – Circle of dreams – estampes et courts-métrages – du 23/02/13 au 19/05/13 au Centre de la gravure et de l’image imprimée de La Louvière.

et parfois je suis comme l’arbre

.

« J’aime les heures sombres de mon être

où s’approfondissent mes sens ;

j’ai trouvé en elles comme en de vieilles lettres,

mon quotidien déjà vécu,

vaste et surmonté, comme une légende.


Elles m’apprennent que je possède

l’espace suffisant pour une vie seconde

et large et hors du temps.


Et parfois je suis comme l’arbre

qui, mûr et bruissant, accomplit sur la tombe

le rêve que l’enfant d’autrefois

(que ses chaudes racines enserrent)

perdit dans les tristesses et les chants.


Qu’un jour, un seul, se fasse le silence.

que le fortuit et l’imprécis

se taisent, et les rires d’autrui,

que le bruissement de mes sens

ne m’empêche plus de vieillir


Je pourrais alors en pensée multiforme

te penser jusqu’à tes bords,

te posséder, (serait-ce le temps d’un sourire),

à toute existence t’offrir

comme un remerciement. »


Rainer Maria Rilke, extrait du Livre d’heures, traduction Jacques Legrand.