Quand le sombre se fait attendre

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Vestige du pressentiment

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déposées les hardes déchets de la vision

du vague rien du jour rien ne transparaît

nacres contrastes couleurs adverses

 tons mauves et tons rougeâtres

quand le sombre se fait attendre

 les nuances régressent

le temps de s’y laisser descendre

 ces heures promises à l’extase

 dont ne demeure que sable et cendre

 il n’y a plus à combattre

 l’irruption de la nuit

qui d’un long roulis d’images digresse

loin des anciens gestes

 ne reste du regard

qu’un peu de bruit

vestige du pressentiment

vigile ou légende

s’y prépare

sa violente épiphanie

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Le poème, lieu de la rencontre

 

Le poème est le lieu de leur rencontre, à mi-chemin entre le monde matériel et la pensée, le concret et l’abstrait, le signe et le signifiant, le dedans, le dehors, le passé, le présent et l’avenir… S’ouvre un territoire d’échanges qui ne se réduit pas aux seuls mots prononcés. Les phrases dites à cet endroit désignent un lointain que les mots ne peuvent atteindre mais dont ils font entendre (par retentissement) l’existence.

 

Sayonara 8

 

>  Allez, partons ! (« Sayônara » de Koji Fukada)

 

 

Nos contiguïtés

Reprise et ressouvenir sont un même mouvement, mais en direction opposée.
Sören Kiergegaard

 

la reprise (un anniversaire)

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Rouvre sans cesse

les mêmes ouvrages

le sang obnubilé

les mêmes naufrages

s’il pouvait

désapprendre

 ce sang-là  seulement

de nos sens

nous voyant circuler

aux mêmes endroits

entre nous dresser

les mêmes barrages

le renversement

serait de prendre

 le contre-courant

 dès lors que la reprise

couve et fulmine

qu’elle s’immisce

 repue en nos cœurs

de nos dehors préservés

nos temporalités

contiguës

nous trahissent

assidues aux désirs

les pensées aux corps

récolte effective

d’une conversation qui s’ignore

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La fin de l’été (au secret)

le secret

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Longuement s’écoule

la lie de l’été

aux pores pâlis

des errements

fussent-ils révolus

dans le temps dit-on

tout revient la traversée

continue cette trahison

on bat le rappel

des signaux contraires

déferrés au manque

l’évidence est une tanière

une solitude vorace

sous les apparences

de la dénudation

la surface

du visible confond

la peau dans la sensation

et la pensée

conduite à sa limite

aveugle de clarté

retourne au secret

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Hadriatique

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Je rêve d’un amour pareil à la mer

Un enveloppement total

Et continu le corps rencontré

Saisi de partout porté et soutenu

Dans l’extase cependant que libre

Par la nage de se mouvoir

Loin des rivages connus

Et dans cet abîme descendre

M’enfoncer suivant le désir

D’une autre connaissance

Au frôlement d’une faune invisible

Je rêve de la mer

Étreinte absolue

Jusqu’à la dissolution

De la peau terrain originaire

Où le corps se différencie

De cela qui l’atteint

A l’acmé de la sensation

L’horizon chavire là-bas

Loin du littoral assermenté

Aux terres raisonnables

Je m’en vais jusqu’à la noyade

Voie seule

Indiscernable à l’accession

De cet au-delà qu’est l’amour

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Uccello, uccello !

à chaque déconvenue sa prophétie

dont ayant fui

le tracé nous scrute

sans autre densité

que la vigilance

de notre œuvre contraire

 ce geste

de restitution

dans la continuité de la perte

 signe cercle des cercles

l’invétéré de toute croyance

espaces réticents

nous nous sentons

au bord du réel

à l’enfreindre

 pensivement

libres

Anxieuses, terreuses figures

Quand nous reverrons-nous ? Quand le goût terreux de tes lèvres viendra-t-il à nouveau frôler l’anxiété de mon esprit ? La terre est comme un tourbillon de lèvres mortelles. La vie creuse devant nous le gouffre de toutes les caresses qui ont manqué.

Antonin Artaud, L’Art et la Mort

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Murder victim et Mountain with eye – lithographies de David Lynch

David Lynch – Circle of dreams – estampes et courts-métrages – du 23/02/13 au 19/05/13 au Centre de la gravure et de l’image imprimée de La Louvière.